Historique du mouvement syndical Žtudiant ˆ Lyon et en France

 

Sommaire

INTRODUCTION

PRESENTATION DU MILIEU ET DU SYNDICALISME ETUDIANT A LYON

Chapitre I. De l’A.G.E.L. affiliŽe ˆ l’U.N.E.F., ˆ l’A.G.E.L.-U.N.E.F. en passant par l’U.N.E.F.- Renouveau : le temps des recompositions du syndicalisme Žtudiant ˆ Lyon 1968-1971.

I. De la crise ˆ la scission de l’U.N.E.F. : le cadre national 1965-1971.

II. La mise en place de l’U.N.E.F.-Renouveau ˆ Lyon : entre l’appartenance ˆ l’U.N.E.F. et le rejet de l’A.G.E.L.

III. Une fondation sur des bases syndicales et sur l’acceptation de la cogestion.

RŽsumŽ

 

Chapitre 2. Milieu Žtudiant et syndicalisme Žtudiant face ˆ la " massification " de l’Enseignement SupŽrieur et ˆ la crise de l’UniversitŽ : 1971-1994.

I. Une UniversitŽ en proie ˆ la " massification " de l’Enseignement SupŽrieur.

II. Des rŽformes nombreuses sources de conflits et de mouvements Žtudiants.

III. La place de l’A.G.E.L-U.N.E.F au sein du mouvement Žtudiant.

RŽsumŽ

 

 


INTRODUCTION

La scission de l’Union Nationale des Etudiants de France en fŽvrier 1971 cl™t, pour l’U.N.E.F, une pŽriode de division et de fractionnement engagŽe depuis la fin de la guerre d’AlgŽrie. En effet, ds 1961, le gouvernement DebrŽ encourage, puis reconna”t, la dissidence et la crŽation de la F.N.E.F (FŽdŽration Nationale des Etudiants de France). Il souhaite ainsi " punir " l’U.N.E.F pour ses prises de position trs engagŽes et progressistes sur le problme algŽrien.

Cependant, la scission de 1971 ne met pas un terme ˆ l’Žclatement de la reprŽsentation syndicale Žtudiante. De 1971 ˆ 1996, un phŽnomne d’Žmiettement toujours plus prononcŽ du mouvement Žtudiant se poursuit sans que rien ne vienne l’entraver. Le Plan Social Etudiant de Lionel Jospin, alors ministre de l’Education Nationale, favorise au contraire le regroupement des multiples associations Žtudiantes locales au sein de nouvelles structures nationales.

L’opposition entre les conceptions opposŽes du syndicalisme Žtudiant, entre les visions diffŽrentes de la reprŽsentation Žtudiante (P.D.E refuse de se concevoir comme un syndicat Žtudiant et revendique une vision corporatiste de la reprŽsentation Žtudiante), entre les clivages politiques favorise un Žclatement du mouvement Žtudiant :

á 1971 : Scission de la " grande U.N.E.F " et crŽation de deux branches distinctes et rivales, c’est ˆ dire l’U.N.E.F-Renouveau (qui redevient dŽs 1971 l’U.N.E.F) et l’U.N.E.F-UnitŽ Syndicale.

á 1975 : CrŽation du CLEF (ComitŽ de Liaison des Etudiants de France) rassemblant surtout des corpos de Droit et de MŽdecine, et du CELF (ComitŽ des Etudiants LibŽraux de France) ˆ forte obŽdience giscardienne.

á 1976 : La C.F.D.T investit le syndicalisme Žtudiant en soutenant la crŽation du Mouvement d’Action Syndicale, qui se veut une passerelle entre les deux U.N.E.F. Dans le mme temps, le Parti Socialiste, rŽunifiŽ depuis peu, tente lui aussi de rŽintŽgrer le terrain du syndicalisme Žtudiant avec le C.O.S.E.F (ComitŽ d’Organisation pour un Syndicat des Etudiants de France), mais Žchoue rapidement.

á 1980 : L’U.N.E.F-UnitŽ Syndicale et le M.A.S fusionnent dans une nouvelle entitŽ : l’U.N.E.F IndŽpendante et dŽmocratique.

á 1989 : La fondation de la F.A.G.E (FŽdŽration des Associations GŽnŽrales d’Etudiants) au congrs de Strasbourg en 1989 est une consŽquence du Plan Social Etudiant de L. Jospin. Plus gestionnaire que revendicative, elle s’implante rapidement dans 25 villes universitaires et demeure d’esprit plut™t conservateur, puisqu’elle dŽfend le maintien des traditions estudiantines comme la faluche.

á 1990 : CrŽation du Renouveau Etudiant par Carl Lang, secrŽtaire gŽnŽral du Front National. Appendice du F.N ˆ l’UniversitŽ, il demeure ˆ l’Žtat de groupuscule.

á 1994 : Scission de la F.A.G.E : des Žtudiants de Droit, de Sciences Economiques et Politiques quittent la F.A.G.E et fondent P.D.E.

á 1996 : CrŽation de Sud-EtudiantEs, issu du mouvement de novembre-dŽcembre 1995.

La scission de l’U.N.E.F en 1971 appara”t comme une pŽripŽtie parmi les autres dans l’histoire agitŽe du syndicalisme Žtudiant. Le paysage syndical Žtudiant est en recomposition permanente. Pourtant, la scission de l’U.N.E.F en 1971 reste l’objet de l’attention des historiens… . Plusieurs raisons expliquent cet intŽrt : la plupart des crŽations, c’est le cas du CELF, du CLEF, du C.O.S.E.F, du Renouveau Etudiant… sont des structures ŽphŽmres et/o sans grand impact sur le milieu Žtudiant. De plus, la scission marque la fin d’une Žpoque, d’un symbole, voire mme d’un mythe pourtant dŽjˆ bien ŽbrŽchŽ : la " grande U.N.E.F ". Enfin, en dŽpit de l’affaiblissement consŽcutif ˆ la scission, les deux branches de l’U.N.E.F vont dominer le paysage syndical Žtudiant jusqu’ˆ nos jours.

A Lyon, jusqu’au milieu des annŽes 80, un syndicat Žtudiant puissant rena”t de ses cendres. Il va dominer le mouvement Žtudiant lyonnais pendant une quinzaine d’annŽes avant de pŽricliter. Issu de l’U.N.E.F-Renouveau, il influence le milieu Žtudiant lyonnais de sa crŽation en 1971 ˆ sa disparition en 1994. Le syndicalisme Žtudiant possde dŽjˆ ˆ Lyon ses lettres de noblesse et une riche histoire. En effet, l’A.G.E.L, affiliŽe ˆ l’U.N.E.F, joue un r™le considŽrable dans la rŽnovation de l’organisation Žtudiante, moribonde et discrŽditŽe, issue de la guerre. Forte de 7200 adhŽrents en 1946 (soit les 2/5 des effectifs de l’U.N.E.F, qui compte 18 000 adhŽrents), elle est ˆ l’origine de la Charte de Grenoble de 1946, texte constitutif de l’U.N.E.F. Fortement inspirŽe par la Charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme ouvrier franais, elle donne trois dimensions ˆ l’Žtudiant : jeune, travailleur, intellectuel et transforme l’U.N.E.F en syndicat. AppuyŽe par les A.G.E de Toulouse et de Paris-Lettres, elle est ˆ l’origine du projet d’Allocation d’Žtudes adoptŽ en 1950 au congrs d’Arcachon. Enfin, l’A.G.E.L est ˆ l’origine de la " minos ", groupe minoritaire de l’U.N.E.F au dŽbut des annŽes 50 et de l’engagement anticolonial de l’U.N.E.F adoptŽ en 1950.

Mais, si un certain nombre de recherches nationales ou locales ont ŽtŽ consacrŽes ˆ la scission et surtout aux pŽriodes prŽcŽdant la scission, trs peu se sont penchŽes sur l’Žvolution des deux ramifications de l’U.N.E.F aprs 1971. Comment expliquer l’absence, ou presque, de travaux sur l’histoire de l’U.N.E.F ou de l’U.N.E.F-UnitŽ Syndicale aprs 1971 : pŽriode jugŽe trop contemporaine ? dŽdain des historiens envers une pŽriode qui appara”t bien p‰le par rapport ˆ celle de la " grande U.N.E.F " ? difficultŽs pour trouver de la matire exploitable et accessible ?.


PRESENTATION DU MILIEU ET DU SYNDICALISME ETUDIANT A LYON

En dŽpit de sa prŽsence quotidienne sur les campus, le syndicalisme Žtudiant est trs mal connu des Žtudiants. Peu nombreux sont aujourd’hui les Žtudiants qui connaissent la vŽritable signification du sigle U.N.E.F. ou du simple terme d’A.G.E… . C’est pourquoi il convient de s’attarder quelque peu sur le syndicalisme et le milieu Žtudiant.

De par l’importance prise par la scission de l’U.N.E.F. en 1971 dans le paysage syndical lyonnais, nous devons dŽcrire, assez succinctement malheureusement, les ŽvŽnements qui aboutissent ˆ la crŽation de l’A.G.E.L-U.N.E.F en fŽvrier 1971. Avant 1971, le mouvement Žtudiant demeure, en dŽpit de la scission de la F.N.E.F., relativement uni sous l’Žgide de l’U.N.E.F. En l’espace de trois ans, le paysage syndical Žtudiant se recompose compltement et aboutit ˆ la naissance de trois organisations syndicales Žtudiantes : l’A.G.E.L., l’A.G.E.L-U.N.E.F. et l’U.G.E.L-U.N.E.F. Il convient donc de s’interroger sur les particularitŽs de la " scission " de l’U.N.E.F. ˆ Lyon et des bases sur lesquelles se fait la crŽation de l’A.G.E.L-U.N.E.F.

Cependant, le syndicalisme Žtudiant ne peut pas tre coupŽ artificiellement du milieu Žtudiant, duquel il est issu. En effet, des interactions existent entre le milieu et le syndicalisme Žtudiant. Tous deux sont confrontŽs de 1971 ˆ 1994 ˆ deux phŽnomnes : la " massification " de l’Enseignement SupŽrieur et la crise de l’UniversitŽ. Le monde Žtudiant conna”t, durant ces 24 annŽes, une progression numŽrique continue. Cette croissance ne se fait pas sans difficultŽs, crises, qui se traduisent par des mouvements Žtudiants auxquels participe activement l’A.G.E.L-U.N.E.F. Une attention particulire doit donc tre accordŽe ˆ l’Žtude des diverses crises qui secouent le monde Žtudiant et ˆ la place de l’A.G.E.L-U.N.E.F. au sein des mouvements Žtudiants.

 


Chapitre I. De l’A.G.E.L. affiliŽe ˆ l’U.N.E.F., ˆ l’A.G.E.L.-U.N.E.F. en passant par l’U.N.E.F.- Renouveau : le temps des recompositions du syndicalisme Žtudiant ˆ Lyon 1968-1971.

I. De la crise ˆ la scission de l’U.N.E.F. : le cadre national 1965-1971.

  1. Un affaiblissement rapide. 1965-1968.
  1. L’Žchec de la gauche syndicale et de l’orientation syndicaliste-rŽvolutionnaire.
  2. De 1965 ˆ 1968, l’U.N.E.F. conna”t un affaiblissement rapide, ˆ la fois numŽrique et idŽologique. En effet, les diffŽrents congrs de cette Žpoque ne permettent pas de dŽgager d’orientations claires et continues.

    Le congrs de Bordeaux en 1965 fait Žclater au grand jour la faillite de la gauche syndicale et de l’orientation syndicaliste-rŽvolutionnaire. Cette orientation, pr™nŽe par les Statutaires (Tendance de la gauche syndicale, elle-mme tendance de la mino), estime possible l’existence d’un syndicalisme Žtudiant rŽvolutionnaire ayant sa propre stratŽgie et indŽpendance vis ˆ vis des partis de gauche. Cependant, aucune autre orientation ne se dŽgage et ne prend la relve. Les statutaires (tendance du courant mino au sein de l’U.N.E.F.), tirant les leons de leur Žchec, tentent d’imposer leur projet ˆ l’U.N.E.F., tout en renonant ˆ la diriger. A l’inverse, les A.G.E. de Province demeurent silencieuses et ne prŽsentent pas de projet alternatif. C’est en particulier le cas des quelques A.G.E. dirigŽes par des militants communistes : Lille… .Face ˆ cette situation de blocage, le congrs s’Žternise et perdure bien au-delˆ de ses dates initiales, sans trouver un compromis ou une solution. Finalement, les dirigeants de la FŽdŽration GŽnŽrale des Etudiants de Lettres (F.G.E.L.) ouvrent une porte de sortie en proposant un " plan de travail ", c’est ˆ dire un " catalogue " de revendications ˆ la fois universitaires, sociales et culturelles. Mais surtout, le nouveau bureau restreint volontairement son r™le et se cantonne dŽsormais ˆ un simple r™le de coordination, en particulier dans le domaine de la propagande. Les projets thŽoriques de la gauche syndicale (renouveau offensif du syndicalisme, rapport de force direct avec l’Etat, politique visant ˆ pousser au maximum les contradictions qui traversent le systme universitaire…) sont provisoirement gelŽs en prŽvision de jours meilleurs.

    Le Bureau National prend comme principal objectif la " reconstruction technique " de l’organisation. En effet, l’Žtat de l’U.N.E.F., en particulier dans le domaine financier, est inquiŽtant et problŽmatique : dettes importantes ( elles atteignent les trois-quarts de son budget annuel), non-paiement des cotisations par des A.G.E., affaiblissement numŽrique (moins de 50 000 adhŽrents selon A.Monchablon), dŽclin des publications, renouvellement difficile des dirigeants, perte d’A.G.E. minos au profit des majos (AGEMP, Sc Po Paris, Institut catholique).

    La nouvelle politique, considŽrŽe et assumŽe comme un " retour ˆ droite " par le nouveau bureau, offre un bilan contrastŽ : certes, une indŽniable diminution de l’endettement permet de pŽrenniser, d’assurer la survie de l’organisation. Mais le bilan politique sonne davantage comme un Žchec : incapacitŽ ˆ lancer des campagnes revendicatives contre les rŽformes gouvernementales de 1965, ˆ gŽnŽrer au sein mme du syndicat une nouvelle gŽnŽration de militants et de responsables (un certain nombre de postes demeurent inoccupŽs au BN), exacerbation des divisions politiques (lors de l’A.G. de fŽvrier 1966, six textes d’orientation contradictoires sont proposŽs). Enfin, le score rŽalisŽ par F.Mitterrand ˆ l’Žlection prŽsidentielle de 1965 met en accusation ce qui reste de l’orientation syndicaliste-rŽvolutionnaire du bureau national. En effet, seule l’U.N.E.F. refuse ˆ gauche en mars 1965 d’appuyer l’idŽe d’une candidature unique face ˆ De Gaulle aux Žlections prŽsidentielles, et donc de soutenir F.Mitterrand. La situation de l’U.N.E.F. ˆ la veille du congrs de Grenoble est celle d’une organisation en dŽclin : baisse du nombre d’adhŽrents, effacement du programme syndical, isolement politique ˆ gauche.

  3. L’intermde " centriste " du congrs de Grenoble.

Le congrs de Grenoble, en avril 1966, ouvre une pŽriode, un intermde qualifiŽ de " centriste ". Le congrs est tout d’abord marquŽ par deux Žvolutions internes :

Toutefois, cette Žvolution est momentanŽment contrecarrŽe par la naissance d’une coalition du " centre " dŽcidŽe ˆ poser sa candidature ˆ la direction de l’U.N.E.F. ElaborŽe difficilement, elle se compose principalement de l’A.G.E. de Lille et du cartel des ENS. Elle dŽveloppe une orientation modŽrŽe dans ses objectifs et ses formes d’action, et pr™ne un rapprochement avec les " forces dŽmocratiques ". Il s’agit donc d’un vŽritable retour du syndicalisme Žtudiant dans son r™le traditionnel : les luttes universitaires sans heurter l’Etat centralisateur. Elle rompt dŽsormais avec les idŽes du syndicalisme-rŽvolutionnaire, et en particulier avec celle d’un syndicalisme Žtudiant rŽvolutionnaire autonome dans ses stratŽgies. L’U.N.E.F. rŽaffirme cependant son indŽpendance dans son domaine privilŽgiŽ, c’est a dire le terrain universitaire. Cette orientation, difficilement adoptŽe par le congrs, doit rechercher la " neutralitŽ bienveillante de la gauche syndicale ", qui accepte en participant au bureau national.

Cependant, la nouvelle orientation Žprouve des difficultŽs ˆ franchir le cap de la rentrŽe universitaire 1966-1967. L’U.N.E.F. conna”t ˆ nouveau des difficultŽs financires, tandis que le B.N. s’avre incapable d’assurer la rentrŽe revendicative. Les Žchos de la rŽvolution culturelle chinoise achvent le fragile Ždifice issu du congrs. En effet, les responsables de l’ENS se convertissent au marxisme-lŽninisme, fondent l’U.J.C.M.L., et renoncent ˆ lutter contre le plan Fouchet, ˆ dŽvelopper des objectifs revendicatifs. En janvier 1967, le B.N. dŽmissionne.

  1. La prise de pouvoir P.S.U.

La dŽmission du B.N. en janvier 1967 va permettre une prise de pouvoir par le P.S.U., et ouvrir une nouvelle re : la prise de contr™le du syndicat Žtudiant par des groupes politiques.

A l’origine, le P.S.U. ne dispose pas vŽritablement de ligne directrice dans l’U.N.E.F. : ses adhŽrents se rŽpartissent entre toutes les tendances de l’organisation. Cependant, durant l’ŽtŽ 1966, le P.S.U. pressent l’effondrement de la coalition de Grenoble et commence ˆ investir le syndicat Žtudiant. Les E.S.U. (organisation du PSU dans le monde Žtudiant) prennent le contr™le de quelques A.G.E. de province. Lors de l’A.G. des 28 et 29 janvier 1967, le PSU acquiert le contr™le de l’U.N.E.F. avec une trs faible majoritŽ. Son texte est adoptŽ par 190 mandats pour, 110 abstentions, 57 refus de vote et 36 mandats contre. La nouvelle orientation est trs influencŽe par le contexte de son Žlaboration et de son adoption : elle est une compilation de thmes empruntŽs aux structuristes et aux statutaires. Pour le P.S.U., l’essentiel rŽside dans les " acquis de Dijon ", c’est ˆ dire le maintient de l’U.N.E.F. ˆ l’extrme-gauche et l’idŽe d’un r™le spŽcifique des Žtudiants dans la lutte des classes.

Toutefois, le nouveau bureau est rapidement confrontŽ ˆ l’Žpreuve du congrs de Lyon en juillet 1967. La situation interne ˆ l’U.N.E.F. est alors peu favorable aux E.S.U. : le B.N., occupŽ ˆ rŽtablir le contact avec les A.G.E. de province et ˆ stabiliser la dŽroute financire de l’organisation, renonce ˆ lancer des campagnes revendicatives et se contente de gŽrer les affaires courantes. C’est avec ce maigre bilan que les E.S.U. doivent affronter l’U.E.C. lors du congrs. Cependant, appuyŽs par la F.G.E.L., ils gardent le contr™le de l’U.N.E.F. en faisant adopter de justesse leur motion.

La rentrŽe universitaire 1967-1968 ouvre de nouvelles perspectives plus encourageantes pour le B.N.. En effet, la conjonction entre l’application de la rŽforme Fouchet dans le deuxime cycle et l’accroissement des effectifs avec son cortge de difficultŽs matŽrielles est ˆ l’origine d’un rŽveil du mouvement Žtudiant. Une journŽe d’action, organisŽe le 9 novembre avec le S.N.E.Sup contre les conditions de la rentrŽe, rŽunit au quartier Latin 5000 Žtudiants. Or, elle n’avait pas ŽtŽ correctement prŽparŽe en raison du manque de moyens. La manifestation du 9 novembre apporte deux changements : elle donne au B.N. P.S.U. l’optimisme nŽcessaire pour continuer ˆ gŽrer l’U.N.E.F. et ramne vers le terrain universitaire les groupes gauchistes. Une certaine agitation se dŽveloppe aussi au sein des citŽs universitaires depuis 1965. Au dŽbut de l’annŽe 1968, des rŽsidents de la rŽgion parisienne s’Žlvent contre l’interdiction de visite des garons chez les filles et vice-versa. Ainsi, le dŽbut de l’annŽe 1968 marque un renouveau du mouvement Žtudiant organisŽ ou non par l’U.N.E.F.

A la veille de 1968, quel est l’Žtat de l’U.N.E.F. ?. Il est tout d’abord celui d’une organisation dŽliquescente :

á Les dettes menacent la survie de l’organisation et Žquivalent approximativement au montant annuel du budget. Elles contraignent le BN ˆ la paralysie : absence de matŽriel, de propagande, interruption de la parution des publications nationales… .

á L’implantation gŽographique de l’U.N.E.F. se rŽduit considŽrablement. Elle passe de 52 A.G.E. en 1960 ˆ 26 en 1968. Et encore, un certain nombre d’entre elles sont des coquilles vides et cessent de payer leurs cotisations… .

á La composition politique de l’U.N.E.F. ne cesse de s’Žtioler aprs la suspension des A.G.E. majos parisiennes en novembre 1967. Seule la mino demeure, rŽduite ˆ trois organisations politiques : l’U.E.C., les E.S.U. et le C.L.E.R.. Les affrontements ont essentiellement pour but le contr™le de l’organisation et non l’Žlaboration d’un projet syndical.

á Enfin, l’U.N.E.F. doit faire face ˆ une dŽsorganisation interne : le prŽsident de l’U.N.E.F., M. Perraud, dŽmissionne en avril 1968. Il est remplacŽ par J. Sauvageot, qui demeure nŽanmoins vice-prŽsident et non prŽsident.

Toutefois, l’U.N.E.F. dispose d’un certain nombre d’atouts pour affronter les ŽvŽnements dans une position correcte :

á Elle possde des contacts avec les centrales ouvrires, mme s’ils sont Žpisodiques. Ils sont cependant assez forts avec la nouvelle direction du S.N.E.Sup., d’obŽdience P.S.U..

á Elle demeure la seule organisation Žtudiante ˆ prŽtention de masse. La F.N.E.F. ne parvient toujours pas ˆ s’implanter sur le terrain universitaire et aucun autre syndicat Žtudiant ne rŽussit ˆ Žmerger. Elle reste, ˆ gauche, la seule organisation Žtudiante et tous les groupuscules ont leurs entrŽes.

L’U.N.E.F. conna”t donc un affaiblissement numŽrique, politique et financier, malgrŽ des tentatives de redressement. Elle n’est plus dŽsormais que le champ clos des luttes entre diffŽrentes organisations politiques Žtudiantes.

  1. La chance ratŽe de mai 1968.
  2. L’explosion de mai 1968 va offrir une nouvelle chance ˆ l’U.N.E.F., mme si en dŽfinitive, elle s’avre incapable de la saisir.

    Le milieu Žtudiant, ˆ la veille de mai 1968, s’inscrit dans un contexte particulier. En effet, la mobilisation estudiantine se fait surtout autour de deux axes : les rŽformes universitaires et l’anti-impŽrialisme.

    Les rŽformes universitaires sont contenues dans la rŽforme Fouchet, issue d’une concertation restreinte (comme la loi DebrŽ sur les Žtudes mŽdicales en 1959) et imposŽe dans les facultŽs de Lettres et de Sciences par le ministre en 1966-1967. Conue sur les suggestions de spŽcialistes de sciences exactes, elle gŽnŽralise un organigramme et des cursus refusŽs par les facultŽs de lettres. L’organisation des Žtudes se tourne vers une spŽcialisation accrue des formations sur une base disciplinaire et vers deux formations distinctes au second cycle : une filire de formation des enseignants (Licence) et une filire de formation des chercheurs (Ma”trise). A cela s’ajoute la crŽation d’un premier cycle en deux ans sanctionnŽ par un dipl™me et remplaant l’annŽe propŽdeutique. La rŽforme vise donc ˆ faciliter la sortie des Žtudiants ˆ tous les niveaux : fin de premier cycle, licence, ma”trise. De plus, la mise en place du systme suppose la sŽlection ˆ l’entrŽe des facultŽs, question de plus en plus d’actualitŽ en 1966 et 1967. Face ˆ cette rŽforme, les syndicats Žtudiants et enseignants dŽnoncent la mainmise de l’Žconomie sur l’UniversitŽ, l’aggravation de la sŽlection sociale et le malthusianisme du gouvernement. De 1965 ˆ 1968, des mouvements restreints se dŽveloppent contre l’application de la rŽforme Fouchet. (Cf. manifestation du 09.11.1967).La contestation des projets gouvernementaux est donc assez forte.

    Le second axe de mobilisation des Žtudiants est extŽrieur au monde universitaire, puisqu’il s’agit de l’anti-impŽrialisme. Ainsi, le 21 fŽvrier 1968, l’U.N.E.F. appelle aux cotŽs du ComitŽ Viet Nam national, ˆ une journŽe de solidaritŽ anti-impŽrialiste. Elle donne lieu ˆ une importante manifestation au quartier Latin.

    Dans ce contexte de mobilisation d’une minoritŽ des Žtudiants, personne, et surtout pas l’U.N.E.F., n’a vu venir l’explosion de mai 1968. La situation de l’U.N.E.F. est alors critique : difficultŽs financires, abandon de tout projet syndical, luttes internes… . Cependant, l’U.N.E.F. possde les capacitŽs nŽcessaires pour s’adapter au mouvement. Elle est au carrefour de tous les foyers d’agitation du monde Žtudiant, puisque tous les groupuscules ont des adhŽrents ou contr™lent des A.G.E. : J.C.R., U.J.C.M.L., C.L.E.R.… . De plus, elle possde encore un sigle fŽdŽrateur et porteur, et ses A.G.E., bien que vides en militants, possdent des locaux et de prŽcieuses ronŽos pour tirer les tracts !.

    L’U.N.E.F. peut donc s’adapter au mouvement, mais elle ne peut pas le diriger. Le meilleur exemple demeure le lieu mme de l’origine du mouvement : Nanterre. En effet, la facultŽ des lettres de Nanterre, rŽcente, est trs peu connue par le B.N.. Une A.G.E. existe sur le campus, mais, outre sa faiblesse, elle est aux mains de la J.C.R., et donc trs indŽpendante. Les ŽvŽnements de Nanterre de janvier ˆ mai 1968 se dŽroulent sans aucun contr™le de l’U.N.E.F. et dans la quasi-ignorance du B.N. !. Par la suite, si l’U.N.E.F. parvient ˆ imposer son sigle, elle ne dirige rien. Ainsi, lors des diffŽrentes manifestations parisiennes, le service d’ordre de l’U.N.E.F. est systŽmatiquement supplantŽ par celui de la J.C.R.. L’U.N.E.F. colle donc au mouvement sans le contr™ler, en dŽpit des efforts de J. Sauvageot. Elle prte sa visibilitŽ, son service d’ordre, son sigle, ses services, son pouvoir d’appel ou de pŽtition, mais dans une direction qu’elle ne ma”trise pas.

    Ainsi, l’U.N.E.F. possde une nouvelle chance avec la crise universitaire de mai 1968. Cependant, la crise sociale et politique prend rapidement le pas sur la crise universitaire. La fin de mai 1968 ouvre une nouvelle pŽriode pour l’U.N.E.F. Elle tente, de mai ˆ dŽcembre 1968, de restructurer le mouvement Žtudiant en rŽformant ses structures, afin d’intŽgrer les groupes moteurs de mai 1968 ˆ l’universitŽ, c’est ˆ dire les ComitŽs d’Action et les groupes gauchistes. La convocation des Assises de l’U.N.E.F. ˆ Grenoble en 1968 marque le dŽbut de ce processus, de cette logique. En effet, ˆ cotŽ des A.G.E., traditionnelles structures de l’U.N.E.F., une invitation ˆ participer aux travaux est lancŽe aux comitŽs d’action. Le but est d’Žlaborer une " nouvelle charte " et de lancer le dŽbat sur la rŽforme des structures.

    Toutefois, cette tentative aboutit ˆ un Žchec. Certes, l’A.G. de Dauphine des 4 et 5 mai 1969 adopte la transformation statutaire de l’U.N.E.F. : les anciennes amicales et corpos sont transformŽes en C.A. Mais la donne politique au sein de l’U.N.E.F. a ŽvoluŽe : dŽbut 1969, les C.A., les Žtudiants de Rouge (J.C.R.) et les mao•stes de la future " gauche prolŽtarienne "quittent l’U.N.E.F., rendant caduques les rŽformes statutaires de l’U.N.E.F. DŽsormais, le B.N. P.S.U. se retrouve seul face ˆ deux tendances solidement constituŽes : l’U.E.C. et l’A.J.S.. Mai 1968, de par ses illusions, ses acteurs, ses structures, appara”t comme une chance ratŽe pour l’U.N.E.F. : associŽe tant bien que mal au mouvement, renonant ˆ le diriger, elle est incapable d’intŽgrer les forces motrices de l’explosion Žtudiante et de restructurer le mouvement Žtudiant. Le B.N. P.S.U. , confrontŽ ˆ l’U.E.C. et ˆ l’A.J.S., sort affaiblit de cette pŽriode au moment ou la loi Faure envenime un peu plus les tensions internes.

  3. La scission de l’U.N.E.F. : dŽcembre 1968-fŽvrier 1971.

De nombreuses scissions Žmaillent l’histoire de l’U.N.E.F., la plus marquante Žtant celle de 1961 encouragŽe par le gouvernement et donnant naissance ˆ la F.N.E.F. De dŽcembre 1968 ˆ fŽvrier 1971, l’U.N.E.F. subit sa dernire grande crise interne, qui s’achve par une nouvelle scission.

Mai 1968 a fait na”tre au sein de l’U.N.E.F. de nouvelles tensions. Elles se fondent sur l’attitude de l’U.N.E.F. face aux ŽvŽnements, l’Žchec de la refonte du mouvement Žtudiant… . Elles se cristallisent autour de la loi Faure de 1968. Proche des anciennes revendications de l’U.N.E.F., la loi Faure met en place la participation, c’est ˆ dire la prŽsence d’Žlus Žtudiants au sein des diffŽrents conseils universitaires. En dŽcembre 1968, le congrs de Marseille tranche la question et refuse la participation, au grand dam de l’U.E.C., absente des dŽbats ˆ ce moment lˆ pour protester contre l’invalidation de trois de ses huit A.G.E.. Face au boycott pr™nŽ par le B.N. P.S.U. et l’A.J.S., l’U.E.C. annonce le 14 janvier 1969 son intention de dŽposer partout des listes " DŽfense des IntŽrts Etudiants " aux Žlections universitaires et de crŽer des " ComitŽs pour le renouveau de l’U.N.E.F. ". Cette dŽcision marque donc l’Žmergence d’un nouveau courant au sein de l’U.N.E.F. : l’U.N.E.F.-Renouveau. Cependant, la dŽcision de participer aux Žlections universitaires pose le problme de l’appartenance de l’U.N.E.F.-Renouveau ˆ l’U.N.E.F., puisqu’elle va ˆ l’encontre d’une dŽcision prise par un congrs. Elle se place donc volontairement hors du cadre fixŽ par l’orientation adoptŽe au congrs de Marseille en dŽcembre 1968 et provoque une rupture de la " discipline syndicale ". De janvier ˆ avril 1969, l’attitude du B.N. oscille considŽrablement, passant d’une volontŽ d’exclure les Žlus de l’U.N.E.F.-Renouveau ˆ une position attentiste et modŽrŽe. Elle s’explique sans doute par le taux de participation des Žtudiants aux Žlections universitaires qui, en dŽpit de l’appel au boycott lancŽ par l’U.N.E.F., atteint 50%.

Le congrs d’OrlŽans en avril 1970 appara”t dŽs lors comme une parenthse. En effet, l’Žlection d’un nouveau bureau P.S.U. ne cache pas les tensions internes, qui s’expriment au grand jour en octobre 1970. Le B.N., dŽsormais minoritaire et incertain sur le maintien de son engagement au sein de l’U.N.E.F., retarde au maximum la dŽlivrance des cartes pour l’annŽe universitaire 1970-1971. En novembre, une rŽunion d’Žtudiants E.S.U. penche en faveur de l’exclusion du courant renouveau. En rŽaction ˆ cette menace, G. Konopnicki puis M.SŽrac saisissent la commission de contr™le composŽe de deux adhŽrents P.S.U., un renouveau et un A.J.S.. Cette nouvelle crise accŽlre la dŽcomposition de l’organisation. Le 5 dŽcembre, l’A.J.S. crŽŽe ˆ Dauphine sa propre tendance intitulŽe " UnitŽ Syndicale " et le 10 janvier, le BN annonce sa dŽmission devant le collectif national. Une " dŽlŽgation permanente " est provisoirement mise en place pour pourvoir au remplacement du B.N. dŽmissionnaire et un congrs national est convoquŽ pour les 21-22-23 fŽvrier 1971.

La " dŽlŽgation permanente " ne peut cependant pas tre une solution viable pour les deux tendances. Chacune tente donc de se fonder une lŽgitimitŽ dans et en-dehors de l’U.N.E.F.

La tendance " unitŽ syndicale " s’appuie sur la lŽgitimitŽ du C.N., o elle est dŽsormais majoritaire depuis le dŽpart du P.S.U.. Le C.N. et une assemblŽe de 140 C.A. convoquent un congrs ˆ Dijon, fief de l’A.J.S.. La prŽsence d’organisations syndicales durant les travaux du congrs apporte un surcro”t de lŽgitimitŽ. L’U.N.E.F.-UnitŽ Syndicale obtient ainsi le soutien de la F.E.N. et de F.O., sans doute pour faire contrepoids au P.C.F.. L’U.N.E.F.-Renouveau tente, face ˆ la commission de contr™le dominŽe par l’A.J.S., de jouer la carte de la base. Elle convoque une assemblŽe des C.A. qui, ˆ son tour, appelle ˆ un congrs national ˆ Paris. Cette dŽmarche obtient le soutien de la C.G.T. et du S.N.E.Sup.. Cette " alliance " ou plut™t convergence entre la C.G.T., l’U.N.E.F-Renouveau et le S.N.E.Sup. va d’ailleurs se poursuivre durant plusieurs annŽes, en particulier au sein des conseils d’universitŽ.

Ainsi, la crise permanente dans laquelle s’enfonce l’U.N.E.F. depuis 1965 aboutit ˆ une ultime scission en fŽvrier 1971 et ˆ la crŽation de deux U.N.E.F. distinctes contr™lŽes par l’A.J.S. et l’U.E.C.. La scission, au niveau national, appara”t donc comme une lutte d’appareils politiques par l’intermŽdiaire des tendances. De plus, le cadre de la scission se limite ˆ l’U.N.E.F. et, hormis les derniers avatars de fŽvrier 1971, les trois tendances luttent dans une mme structure : le collectif national. Toutefois, ce schŽma, valable au niveau national, est-il adŽquat pour les A.G.E. ?.

 


II. La mise en place de l’U.N.E.F.-Renouveau ˆ Lyon : entre l’appartenance ˆ l’U.N.E.F. et le rejet de l’A.G.E.L.

La scission de 1971 est, au moins pour l’Union Nationale, interprŽtŽe comme l’aboutissement d’une lutte interne entre tendances. Trois tendances principales existent : l’U.N.E.F.-Renouveau (U.E.C., quelques socialistes et radicaux de gauche), l’U.N.E.F.-UnitŽ Syndicale (A.J.S.) et le P.S.U.. Toutes trois tentent d’accaparer la direction du syndicat Žtudiant ˆ leur seul profit personnel. La scission est donc une crise interne, qui engendre l’Žclatement de l’organisation. Bien que schŽmatique, cette vision est celle retenue pour la scission de l’U.N.E.F. Cependant, au niveau des A.G.E., la scission se dŽroule t’elle de la mme manire : fonctionnement en tendances, tiraillements et Žclatement ?. Il existe sans doute autant de rŽalitŽs diffŽrentes qu’il existe d’A.G.E. dans les centres universitaires. En effet, des A.G.E. sont alors contr™lŽes par l’U.E.C., l’A.J.S. (Clermont-Ferrand, beaux-arts), par le P.S.U. (Lyon…), les forces des protagonistes ne sont pas les mmes partout… . Une seule constante se dŽgage : les effectifs squelettiques de la plupart des A.G.E.. La crŽation de l’U.N.E.F.-Renouveau ˆ Lyon prend un caractre particulier, puisqu’elle se rŽalise entre l’appartenance ˆ l’U.N.E.F. et le rejet de l’A.G.E.L.

  1. Le catalyseur des divisions : la loi Faure de 1968.
  2. La loi Faure de 1968 va servir de catalyseur aux divisions internes de l’U.N.E.F. Cependant, elle ne marque pas le dŽbut de la crise, puisque des oppositions naissent au sein de l’U.N.E.F. ˆ Lyon dŽs 1966-1967. La structure de l’U.N.E.F., au niveau de l’universitŽ lyonnaise est l’A.G.E.L., c’est ˆ dire l’Association GŽnŽrale des Etudiants Lyonnais. AffiliŽe ˆ l’U.N.E.F., elle fŽdre les Amicales implantŽes dans les multiples facultŽs : Sciences, MŽdecine, Lettres, I.N.S.A.… . La direction est alors aux mains du P.S.U. et soutient activement le bureau national.

    Des tensions existent au sein de l’U.N.E.F. ˆ Lyon. L’Amicale U.N.E.F. des Sciences, o militent de futurs responsables et leaders de l’U.N.E.F.-Renouveau, se dŽtache progressivement de l’A.G.E.L. considŽrŽe comme un conglomŽrat de groupes gauchistes : " On a ŽtŽ, on peut le dire, trs ˆ l’Žcart de l’A.G.E.L. Elle Žtait une faade et n’avait plus aucune vie. Elle se maintenait sur sa lancŽe, puisqu’elle avait le bar, le restaurant de l’A.G.E.L. en-dessous, la M.N.E.F. ˆ cotŽ. Mais au sens de l’U.N.E.F. en tant que telle, c’Žtait le vide. […]Le poids de l’A.G.E.L. comme structure fŽdŽrative sur Lyon Žtait inexistant. "Un malaise latent se dŽveloppe entre l’A.G.E.L. et certaines amicales, et se traduit par une autonomie, une distanciation des amicales vis ˆ vis de la structure fŽdŽrative.

    Les ŽvŽnements de mai 1968 vont renforcer les oppositions, les lignes de fracture. Jusqu’au six mai, les incidents de Paris ont peu d’influence sur les campus de Province. Quelques militants d’extrme-gauche tentent de mobiliser la facultŽ des Lettres, mais ils ne rencontrent qu’une relative indiffŽrence de la part des Žtudiants. Toutefois, un terreau favorable ˆ la contestation existe : les Žtudiants sont confrontŽs sur les deux campus universitaires (Les Quais et la Doua) ˆ des conditions matŽrielles difficiles. Sur le campus de la Doua, des Žtudiants de Droit, de Lettres, et de Sciences cohabitent au milieu d’un vaste chantier. Entrepris en 1967, le nouveau campus se transforme dŽs les premires pluies en un vaste bourbier : " La Doua, c’Žtait l’enfer.[…] On arrivait, on marchait dans la boue… . C’Žtait le bout du monde ˆ l’Žpoque !. On marchait dans la boue pour arriver aux amphis… " Le campus de la Doua, tel Nanterre, est un immense chantier o se retrouvent les Žtudiants. Mais, en dŽpit de cette situation, les ŽvŽnements de mai surprennent la plupart des Žtudiants, mais aussi les acteurs de l’Žpoque. Les violences policires contre les manifestants du quartier Latin bouleversent compltement l’attitude des Žtudiants. Une divergence d’apprŽciation appara”t sur le r™le des diffŽrentes organisations lors des dŽbuts du mouvement. Selon P.Masson, membre du bureau de l’A.G.E.L. en 1968, le mouvement a dŽbutŽ ˆ Lyon " par une rŽunion. C’Žtait le 5 mai. Quelques jours seulement aprs le dŽbut de l’agitation ˆ Paris. Le noyau dur de l’A.G.E.L. s’est retrouvŽ ˆ la Doua. On a dŽcidŽ de se mobiliser pour soutenir nos camarades parisiens et coordonner les actions sur Lyon. " L’A.G.E.L. est donc prŽsentŽe comme Žtant ˆ l’origine du mouvement. Selon P.Maneval, trŽsorier de l’Amicale des Sciences en mai 1968, l’Amicale des Sciences a lancŽ le mouvement en Sciences et en Lettres, o les groupes gauchistes Žtaient incapables de mobiliser : " C’est vraiment au moment des premiers tabassages au quartier Latin que les Žtudiants ont bougŽ. Et bon, et bien nous on a dit : il faut rŽagir. Sans idŽes prŽconues lˆ-dessus, il fallait protester, ne serait-ce que pour protester contre ce qui s’est passŽ. Et, au niveau de la Doua, cela n’a pas ŽtŽ sans peine. […] A tel point que […]les gauchistes ont ŽtŽ incapables de mettre en grve leurs amphis de Lettres. Ce sont des adhŽrents de l’Amicale des Sciences qui allaient intervenir dans les amphis de Lettres, pour que les Žtudiants se dŽcident ˆ venir ˆ la manif.[…]Donc, on a mis en grve les amphis, on a organisŽ la premire manif " Il appara”t extrmement difficile de dŽterminer les responsabilitŽs de chacun dans le dŽclenchement du mouvement. Cependant, l’Amicale des Sciences semble avoir jouŽ un r™le non-nŽgligeable, puisque lors de la grve du 06.05.1968, 80 % des Žtudiants de sciences et de l’I.N.S.A. font grve, et seulement quelques cours supprimŽs en lettres. Le 7 mai, une manifestation, lancŽe ˆ l’appel de l’U.N.E.F., de l’A.G.E.L. et de l’U.G.E., rassemble quelques milliers d’Žtudiants pour exiger la libŽration des Žtudiants arrtŽs ˆ Paris, la reprise des cours ˆ la Sorbonne et pour protester contre la politique du gouvernement dans le domaine universitaire. DŽjˆ, le mouvement se divise : l’Amicale des Sciences et l’A.G.E.L. s’opposent, adoptent des attitudes diffŽrentes ou s’ignorent volontairement : " On Žtait quand mme entrŽ en contact avec l’A.G.E.L. ˆ ce moment lˆ, de faon plus soutenue, pour savoir ce qu’ils comptaient faire. Bien que le courant passait trs mal entre nous pour tout un tas de raisons. " Au fur et ˆ mesure des ŽvŽnements, les relations entre les deux acteurs se dŽtŽriorent. Une sorte de concurrence na”t entre les deux structures. Ainsi, le 9 mai, un meeting annoncŽ depuis quelques jours par l’Amicale des Sciences ˆ 18h00 sur le campus de la Doua est doit se retrouver face ˆ un autre meeting convoquŽ ˆ 16h30 ˆ l’I.N.S.A. par l’A.G.E.L. Meeting de l’A.G.E.L. qui ne se tient pas et est remplacŽ par une manifestation ˆ la grande fureur de l’UD-C.G.T.. La rupture est petit ˆ petit consommŽe : le 17 mai, dans un communiquŽ de presse, l’Amicale des Sciences U.N.E.F. et le S.N.E.Sup Sciences annoncent leur intention de " ne plus se prŽoccuper de directives syndicales nationales tant que celle-ci n’Žmaneront pas d’instances statutairement et rŽgulirement rŽunies. "

    Les ŽvŽnements de mai 1968 Žtalent au grand jour les antagonismes entre l’A.G.E.L. et des adhŽrents de l’U.N.E.F. (et donc de fait de l’A.G.E.L). De plus, mai 1968 fait na”tre chez certains adhŽrents, et en particulier chez ceux proches de l’U.E.C., une rŽflexion sur l’Žchec de mai : " Le mouvement s’est enflŽ trs vite, mais est redescendu trs vite aussi. C’est lˆ-dessus que s’accroche la pensŽe du renouveau de l’U.N.E.F. Elle s’accroche fortement lˆ-dessus, c’est ˆ dire en disant : voilˆ, vous avez vu, mai 68 n’a fait que traverser […] C’Žtait l’argumentaire de l’Žpoque pour la rŽnovation. Il tire la leon du fait qu’il faut organiser le mouvement Žtudiant, puisque, s’il ne s’organise pas, il Žchoue. Mais il va beaucoup plus loin, il remonte dans l’histoire de l’U.N.E.F. […] , quand l’U.N.E.F. dŽfendait les intŽrts des Žtudiants […] En 68, il n’y a pas eu d’U.N.E.F. Et cela a dramatiquement manquŽ. On voit bien la correspondance avec les thses politiques de l’Žpoque : il a manquŽ […] , on dit du cotŽ du P.C.F., un programme d’action pour les masses populaires […] , c’est ˆ dire le programme commun. En correspondance avec a, il y’avait l’idŽe qu’il a manquŽ un grand syndicat Žtudiant qui tienne la route et il faut le reconstruire. " L’Žchec d’une vŽritable transformation de l’UniversitŽ est imputŽ ˆ l’absence d’un vŽritable syndicat Žtudiant, ce que l’U.N.E.F. a cessŽ d’tre pour certains adhŽrents depuis le milieu des annŽes 60. Par consŽquent, une rŽflexion s’engage chez des adhŽrents, souvent proches de l’U.E.C. ou de la gauche non-communiste, sur les solutions ˆ apporter pour remŽdier ˆ la crise du syndicalisme Žtudiant. La loi Faure, issue du mouvement Žtudiant, et considŽrŽe par ces mmes adhŽrents comme le seul acquis universitaire de mai, se greffe sur cette rŽflexion. Cependant, dŽs la rentrŽe universitaire 1968-1969, le B.N. rejette la participation, assimilŽe ˆ une tentative d’intŽgration du mouvement Žtudiant ˆ l’Etat.

    C’est donc sur cette amorce de rŽflexion que s’ouvre la rentrŽe universitaire 1968-1969. Comme ˆ chaque dŽbut d’annŽe universitaire, l’Amicale des Sciences U.N.E.F. tient son AssemblŽe GŽnŽrale. Elle marque l’apparition d’un nouvel acteur important dans la vie de l’U.N.E.F. : l’Alliance des Jeunes pour le Socialisme. Bien implantŽe au niveau national (elle contr™le deux A.G.E.), elle semble ne pas s’tre investit jusque lˆ dans l’U.N.E.F. ˆ Lyon. Une nouvelle ligne de fracture s’ouvre alors entre les partisans et les dŽtracteurs de la loi Faure. La crŽation de l’U.N.E.F. –Renouveau en Sciences est alors engagŽe. Certes, elle n’a pas de structures, ne possde pas de nom, ni de ligne directrice ˆ long terme… . NŽanmoins, des adhŽrents jusque lˆ dispersŽs se retrouvent autour de valeurs, d’idŽes, d’analyses. La loi Faure appara”t vraiment comme le catalyseur des divisions au sein de l’U.N.E.F.  Les contours de chaque camp commencent ˆ se dessiner, mme s’ils demeurent encore flous.

  3. L’Žchec de l’AssemblŽe GŽnŽrale du 23.05.1969 et l’abandon de l’A.G.E.L.

A partir de la rentrŽe universitaire 1968-1969, l’U.N.E.F.–Renouveau prend forme, mme si elle n’est encore qu’un vague rassemblement d’adhŽrents autour de quelques valeurs. Elle ne cesse cependant de s’affirmer et tente ˆ plusieurs reprises de prendre la direction de l’A.G.E.L. Toutefois, l’Žchec de l’A.G. du 23.05.1969 signifie pour elle l’abandon de l’A.G.E.L.

La prŽparation du congrs de Marseille en dŽcembre 1968 donne corps ˆ l’U.N.E.F. –Renouveau. En effet, elle choque de nombreux adhŽrents de l’U.N.E.F. : le B.N. annonce sa tenue en novembre 1968, tandis que l’A.G.E.L., au 11.12.1968, n’a toujours pas convoquŽ d’A.G. ou de congrs. Le 18 dŽcembre, une cinquantaine de militants se rŽunissent et lancent une campagne pour exiger la tenue d’une A.G. ˆ Lyon et en faveur de la dŽclaration de l’A.G.E. de Lille.

Les Žlections universitaires, fixŽes pour fŽvrier - mars 1969, sont l’occasion de donner un nom et une structure ˆ l’U.N.E.F. – Renouveau. En effet, le 15 janvier 1969, les 8 A.G.E. animŽes par l’U.E.C. annoncent qu’elles prŽsentent des listes aux Žlections aux conseils de gestion et crŽent des comitŽs pour le renouveau de l’U.N.E.F.  Le nom U.N.E.F.–Renouveau est alors celui des listes. Elles sont dŽposŽes dans quelques facultŽs : Sciences et Lettres. Des liaisons entre les diffŽrentes listes s’Žtablissent et donnent une cohŽrence ˆ l’ensemble. Le scrutin, qui se dŽroule entre le 13 fŽvrier et le 24 mars 1969, suscite une forte participation de la part des Žtudiants : 57,6 % en Droit, 66,2 % en MŽdecine et Pharmacie, 54,4 % en Sciences, 47,1 % en Lettres et 69,7 % dans les unitŽs sous dŽrogation . Au total, sur les 408 siges prŽvus ˆ Lyon, 371 sont effectivement attribuŽs. Les rŽsultats sont trs encourageants pour l’U.N.E.F.–Renouveau. En effet, en dŽpit de ses faibles moyens et du handicap constituŽ par une organisation incomplte et rŽcente, elle obtient sur l’ensemble des campus 16,5 % des suffrages (soit 1991 voix) et 19,9 % des siges (74 sur 371). A titre d’exemple, la F.N.E.F., pourtant implantŽe de longue date, doit se contenter de 2,9 % des voix et de 2,1 % des siges. De plus, l’U.N.E.F.–Renouveau ne prŽsentait pas de listes dans tous les collges et toutes les facultŽs. Droit, MŽdecine, Gestion, Institut du Travail, Physique NuclŽaire, Etudes Italiennes et NŽo-Latines, Etudes de l’Orient, Histoire de l’Art, IUT, IEP, IREPS ne rapportent aucune ou trs peu de voix ˆ l’U.N.E.F.–Renouveau. Les rŽsultats de certaines U.E.R. tŽmoignent par contre d’une rŽelle implantation, influence. Elle obtient 100 % des suffrages dans les U.E.R. de MathŽmatiques (382 voix sur 586 votants), de Biologie Dynamique (49 voix sur 71 votants), 71,6 % en Physique, 51,4 % en Chimie- Biochimie, 53,6 % en Sciences de la Nature, 51,6 % en Etudes Franaises, 63,0 % en Sciences Psychologiques, Sociologiques, Ethnographiques et PŽdagogiques. L’U.N.E.F.-Renouveau dispose alors d’un rŽseau d’Žlus et surtout d’une lŽgitimitŽ tirŽe des urnes.

Durant cette pŽriode, elle se structure davantage : des sections syndicales (l’Žquivalent des C.A.) sont entirement aux mains de l’U.N.E.F.-Renouveau comme ˆ l’I.N.S.A. ou en Sciences, tandis que des comitŽs pour le renouveau de l’U.N.E.F. sont fondŽs en MŽdecine et en Lettres. Jusqu’ici, l’U.N.E.F.-Renouveau, mme si elle rompt plusieurs fois la discipline syndicale et prend ses distances avec l’A.G.E.L., n’est pas totalement indŽpendante, autonome. Ainsi, elle participe ˆ l’AssemblŽe GŽnŽrale du 23.05.1969 au sige de l’A.G.E.L. Elle exprime alors la volontŽ de faire fonctionner les instances rŽgulires de l’U.N.E.F. et de l’A.G.E.L. Pour les Renseignements GŽnŽraux, l’A.G. ,convoquŽe par l’U.N.E.F.-Renouveau, a pour but de s’emparer du bureau. En effet, les E.S.U., bloquŽs au mme moment au congrs de la M.N.E.F. ne participent pas aux dŽbats… . L’A.J.S. bŽnŽficie pour sa part du renfort de militants d’autres villes universitaires, et en particulier d’Anthony et de Aix- en- Provence. Trois ˆ quatre cents militants se retrouvent vers 21 heures dans les locaux de l’A.G.E.L., rue F.Garin. Mis en difficultŽ, F.Perronnet, prŽsident de l’A.G.E.L. parvient cependant ˆ se dŽgager de ce mauvais pas, gr‰ce ˆ l’aide des E.S.U. enfin libŽrŽs du congrs de la M.N.E.F., dont la sŽance est, pour l’occasion, ŽcourtŽe. Vers 23h30, la salle est ŽvacuŽe au milieu des injures et des rglements de compte. La sŽance reprend une fois les cartes vŽrifiŽes. Une centaine de militants est ainsi ŽcartŽe, tandis que des militants E.S.U. de diffŽrentes villes semblent pouvoir pŽnŽtrer librement dans la salle. Les dŽbats reprennent au milieu des injures et, au petit matin, les responsables de l’A.G.E.L. affirment avoir obtenu l’exclusion des Žlus de l’U.N.E.F.-Renouveau. L’A.G. du 23.05.1969 est la dernire tentative de l’U.N.E.F.-Renouveau pour faire fonctionner les instances rŽgulires. Son Žchec opre une modification de son attitude envers l’A.G.E.L. dans un sens plus radical. Elle abandonne dŽsormais toute prŽtention sur l’A.G.E.L. et se rend indŽpendante de fait. Il existe alors deux U.N.E.F. ˆ Lyon : l’A.G.E.L. affiliŽe ˆ L’U.N.E.F. et l’U.N.E.F.-Renouveau.

3 . La structuration de l’U.N.E.F.-Renouveau, organisation syndicale indŽpendante.

Aprs l’Žchec de l’A.G. du 23.03.1969, la structuration de l’U.N.E.F.-Renouveau progresse ˆ nouveau et l’organisation syndicale devient progressivement indŽpendante. Au dŽbut, les diffŽrentes structures sont dispersŽes, multiples et sans liens entre elles : sections syndicales, comitŽs pour le renouveau de l’U.N.E.F. Elles existent paralllement aux C.A . et sont indŽpendantes de l’A.G.E.L. Ainsi, le comitŽ pour le renouveau de l’U.N.E.F.  de Lettres compte une centaine d’adhŽrents et dispose de sa propre propagande : tableau d’affichage, journal ˆ diffusion restreinte. Des comitŽs se crŽent en avril 1969 en droit et en sciences Žconomiques et intgrent quelques membres d’UniversitŽ 70 et des anciens adhŽrents du C.A. En septembre 1969, un nouveau pas est franchi dans la structuration de l’organisation. Une structure confŽdŽrale chapeaute dŽsormais les associations de base au niveau de l’A.G.E. : le collectif des comitŽs de Lyon de l’U.N.E.F. pour son renouveau. DirigŽ par P.Maneval et N.Chambon, il se veut un " gouvernement parallle " ˆ l’A.G.E.L. et s’inscrit dans la suite logique de l’Žvolution de l’U.N.E.F.-Renouveau. Des reprŽsentants de chaque comitŽ ou section syndicale sigent au collectif. L’U.N.E.F.-Renouveau est alors un syndicat indŽpendant de l’A.G.E.L. : elle a ses propres structures, son propre mode de fonctionnement interne. Lors du congrs d’OrlŽans, elle envoie sa propre dŽlŽgation composŽe de trois adhŽrents. Ils assistent aux travaux du congrŽs, peut-tre en concurrence avec la dŽlŽgation de l’A.G.E.L..

Mais surtout, l’U.N.E.F.-Renouveau conduit ses propres actions et fait preuve d’une activitŽ dŽbordante. Des diffusions de tracts ont lieu dans la plupart des universitŽs pour informer les Žtudiants sur l’U.N.E.F.-Renouveau, sur les diffŽrentes rŽformes comme les CFPM. Elle participe pleinement au mouvement Žtudiant de janvier - fŽvrier 1970 dans les facultŽs lyonnaises, mme si durant tout le conflit, elle s’oppose ˆ la fois ˆ l’A.G.E.L. et aux groupes gauchistes. L’A.G.E.L. pr™ne, en particulier en lettres, la grve illimitŽe. Le 26.01.1970, lors d’une A.G. en Histoire – GŽographie, l’U.N.E.F.-Renouveau s’oppose ˆ la grve ou accepte l’ŽventualitŽ d’une grve limitŽe et votŽe dŽmocratiquement dans les amphithŽ‰tres. Les diffŽrentes A.G. mettent aux prises l’U.N.E.F.-Renouveau avec les militants de Front – Uni, de l’AJS, de la gauche prolŽtarienne. En mars 1970, elle mne seule une campagne contre la sŽlection en mŽdecine, contre la sŽlection et le dŽmantlement de l’U.E.R. en sciences Žconomiques et pour le retrait de la circulaire Guichard sur les langues en lettres. A l’I.N.S.A., elle organise un rŽfŽrendum sur son projet de rŽforme des structures de l’Žtablissement.

L’U.N.E.F.-Renouveau, ˆ partir de mai 1969, devient de fait une organisation syndicale indŽpendante de l’A.G.E.L. : elle possde ses propres structures, dŽveloppe ses propres analyses et actions. Cependant, de par sa participation aux congrs nationaux, elle affirme son attachement ˆ l’U.N.E.F..

4.La crŽation de l’A.G.E.L.-U.N.E.F., mai 1971.

La pŽriode du renouveau conna”t sa concrŽtisation avec, au niveau national, le congrs de l’U.N.E.F ˆ Paris, et , au niveau de Lyon, par la fondation de l’A.G.E.L-U.N.E.F en 1971.

Depuis son Žchec ˆ l’AssemblŽe GŽnŽrale de mai 1969, l’U.N.E.F-Renouveau se structure toujours davantage. En septembre 1969, elle se dote d’un " collectif des comitŽs U.N.E.F. pour son renouveau ", qui rassemble toutes les structures de l’U.N.E.F-Renouveau ˆ Lyon. La dŽmission du Bureau National P.S.U. le 10 janvier 1971 accŽlre brutalement le cours des ŽvŽnements.

Contrairement au niveau national o le P.S.U. se retire totalement de l’U.N.E.F en laissant face ˆ face les deux tendances UnitŽ Syndicale et Renouveau, le P.S.U. et les E.S.U. lyonnais dŽcident de conserver le contr™le de l’A.G.E.L. En fŽvrier 1971, ˆ l’occasion de l’inauguration de ses nouveaux locaux fournis par la municipalitŽ lyonnaise rue Richerand, l’A.G.E.L. annonce qu’elle rompt ses relations avec l’U.N.E.F. Elle prend prŽtexte de la nouvelle situation de l’U.N.E.F : dŽmission du B.N, affrontement entre deux tendances… . L’U.N.E.F. n’est plus, pour l’A.G.E.L., " l’organisation reprŽsentative et progressiste des Žtudiants ". Face ˆ cette nouvelle situation, l’A.G.E.L. affirme vouloir garder, perdurer la tradition du mouvement Žtudiant issue du congrs de Grenoble en 1946… .

Dans le mme temps, la situation au niveau des U.E.R. et universitŽs devient extrmement confuse. En effet, les deux tendances de l’U.N.E.F. tiennent des congrs sŽparŽs en fŽvrier et mars 1971, ˆ Dijon pour l’U.N.E.F-UnitŽ Syndicale, ˆ Paris pour l’U.N.E.F-Renouveau. La prŽparation des congrs est marquŽe par la crŽation d’une multitude de nouveaux C.A. (phŽnomne dŽjˆ engagŽ en dŽcembre 1969), tandis que l’U.N.E.F-Renouveau annonce en fŽvrier 1971 dans plusieurs communiquŽs de presse " la rŽnovation de C.A. ". Un communiquŽ de presse envoyŽ au Progrs le 16 fŽvrier 1971 dŽclare : " Les adhŽrents U.N.E.F. de la facultŽ de Droit/Sciences Economiques de Lyon, rŽunis en A.G. le 12 fŽvrier ont dŽcidŽ ˆ l’unanimitŽ de rŽnover le C.A U.N.E.F.. […]. Ceci dŽmontre que la volontŽ des Žtudiants de recrŽer un syndicat de masse seul capable de lutter pour dŽfendre les intŽrts des Žtudiants et pour une UniversitŽ dŽmocratique n’est pas un vain mot ". En rŽalitŽ , chacun est dŽsormais chez soi et les rŽunions ne rassemblent pas l’ensemble des adhŽrents de l’U.N.E.F.. La crŽation de C.A. U.N.E.F. par l’U.N.E.F-Renouveau se fait dans le contexte de la convocation d’une A.G. extraordinaire des prŽsidents de C.A. ˆ Paris le 14 fŽvrier par l’U.N.E.F-Renouveau, A.G. qui dŽcide de tenir le congrs de l’U.N.E.F. ˆ Paris au mois de mars 1971. Il est donc nŽcessaire pour l’U.N.E.F-Renouveau de rassembler le maximum de C.A., gage de lŽgitimitŽ du congrs.

Dans ce contexte, rupture des relations entre A.G.E.L. et U.N.E.F. et prŽparation du congrs de l’U.N.E.F-Renouveau en mars 1971, l’U.N.E.F-Renouveau de Lyon rŽcupre ˆ son profit le nom A.G.E.L.. Cependant, Žtant donnŽ que l’A.G.E.L. est toujours dŽtenue par le P.S.U., elle prend le nom d’A.G.E.L-U.N.E.F, le tiret faisant toute la diffŽrence. Son premier congrs se tient ˆ l’I.N.S.A. les 19 et 20 mai 1971 et marque l’aboutissement, la concrŽtisation du renouveau ˆ Lyon. Il rassemble de nombreux C.A. (Lettres, Droit, Architecture, Conservatoire de Musique, Sciences Economiques, Sciences, I.N.S.A., Centrale, Etudes paramŽdicales, MŽdecine, PrŽpas) et obtient la lŽgitimitŽ de diverses organisations politiques ou syndicales : UD-C.G.T., U.N.C.A.L., Mouvement de la Paix, U.E.C.F., G.U.P.S., U.E.U.F., reprŽsentants des Žtudiants khmers.

 


III. Une fondation sur des bases syndicales et sur l’acceptation de la cogestion.

  1. La mise en place d’un programme syndical.

La mise en place d’un programme syndical rŽpond ˆ l’essence, ˆ la dŽfinition mme d’un syndicat, c’est ˆ dire la dŽfense d’intŽrts communs ˆ une catŽgorie. Il se compose d’un certain nombre de revendications, qui portent essentiellement sur la dŽfense des intŽrts des Žtudiants. Il s’inscrit tout d’abord dans le cadre de la dŽfense des acquis de mai 1968.

  1. La dŽfense des acquis de mai 1968.
  2. Elle s’appuie essentiellement sur deux revendications : l’application des rŽformes et la mise en place de l’autonomie des universitŽs. La loi Faure, concŽdŽe par le gouvernement ˆ l’issue du mouvement de mai 1968, s’attache avant tout ˆ reconstruire l’Ždifice universitaire au moyen d’un certain nombre de rŽformes structurelles. Mais elle prŽvoit aussi des mesures visant ˆ amŽliorer les conditions d’Žtudes : crŽation de postes, octroi d’heures supplŽmentaires, mise en place d’universitŽs " expŽrimentales "… . L’application des rŽformes nŽcessite des moyens budgŽtaires importants, d’o la revendication de l’U.N.E.F.-Renouveau d’une augmentation du budget de l’Enseignement SupŽrieur.

    Le deuxime acquis de mai 1968 ˆ dŽfendre est, hormis la cogestion, le principe de l’autonomie pŽdagogique des universitŽs. Cette autonomie, accordŽe par la loi Faure, demeure trs restreinte en raison de l’organisation trs centralisŽe de l’Etat. En effet, le Ministre de l’Education Nationale continue ˆ dŽfinir les programmes des Žtudes pour les dipl™mes nationaux et les modalitŽs de leur sanction. Au maintien des acquis de mai, valeur nationale des dipl™mes, abandon provisoire de l’idŽe de sŽlection, l’U.N.E.F.-Renouveau Žlargit la notion d’autonomie pour revendiquer la mise en place de conseils d’orientation composŽs d’Žtudiants et d’enseignants, la crŽation d’un contr™le continu, l’objectivitŽ des cours et le droit ˆ la critique.

    Autonomie pŽdagogique accrue des universitŽs tout en maintenant le cadre de la valeur nationale des dipl™mes, ce qui peut appara”tre comme paradoxal, augmentation du budget et des moyens allouŽs ˆ l’Enseignement SupŽrieur, droit de regard des Žtudiants sur le contenu des cours, l’U.N.E.F.-Renouveau reprend ainsi ˆ son compte " l’esprit de mai " ˆ travers ses revendications. Syndicat rŽformiste, elle dŽfend ainsi les idŽes, modŽrŽes, d’un mouvement o les courants de pensŽe qui la nourrissent (en particulier les communistes) ont tenu une place marginale et ˆ contre-courant.

  3. AmŽliorer les conditions de vie et d’Žtudes des Žtudiants.
  4. L’amŽlioration des conditions de vie et d’Žtude est une prŽoccupation et une revendication constante de l’U.N.E.F-Renouveau, puis de l’U.N.E.F.. La prise en charge des revendications matŽrielles, et donc profondŽment corporatistes, n’est pas une nouveautŽ pour l’U.N.E.F.. Ainsi, en 1958, elle mobilise les Žtudiants pour exiger la construction de locaux et pour la revalorisation des bourses. Ce sont donc des revendications catŽgorielles, puisqu’elles ne concernent que les Žtudiants.

    Sur les questions concernant les conditions d’Žtude des Žtudiants, les positions de l’U.N.E.F-Renouveau ne marquent pas de rupture par rapport aux annŽes prŽcŽdentes. En fait, la diffŽrence avec le B.N. P.S.U. se fait sur l’ordre des prioritŽs. Lˆ o l’U.N.E.F-Renouveau considre les revendications matŽrielles comme le but premier d’un syndicat Žtudiant, les autres tendances, et en particulier le P.S.U., mettent en avant les problmes politiques. Par exemple, le journal Etudiant de France, dans son numŽro de mai 1969, aborde le problme des examens, mais le reste est consacrŽ ˆ des questions politiques : l’U.D.R., la guerre du Vietnam, l’Espagne, la lutte contre le fascisme et l’impŽrialisme. La ligne, l’orientation syndicale de l’U.N.E.F-Renouveau, centrŽe autour de revendications concrtes, est profondŽment rejetŽe par les autres tendances. Tout le mŽpris envers cette orientation se concrŽtise, s’exprime dans le slogan chantŽ par les gauchistes ˆ chaque manifestation de l’U.N.E.F-Renouveau : " Des gommes, des crayons, et demain la rŽvolution ".

    Les revendications de l’U.N.E.F-Renouveau demeurent assez traditionnelles. Elles s’articulent autour de deux domaines : le domaine pŽdagogique et le contr™le des connaissances.

    Dans le domaine pŽdagogique, l’U.N.E.F-Renouveau s’engage trs nettement en faveur de la pluridisciplinaritŽ des Žtudes. Elle s’inscrit ainsi dans l’avant mai 1968, pŽriode durant laquelle de nombreux dŽbats ont eu lieu autour du thme de la pluridisciplinaritŽ. Ainsi, elle est au centre des dŽbats du colloque de Caen en 1966. ImposŽe par la loi Faure de 1968 dont elle est un maitre-mot, elle ne reste pourtant souvent qu’un vœu pieux et son application est alŽatoire suivant les facultŽs. Outre la pluridisciplinaritŽ, l’U.N.E.F-Renouveau revendique le maintien de la valeur nationale des dipl™mes, la prioritŽ des T.D. sur les C.M. dans les heures d’enseignement et le droit ˆ la critique et ˆ l’objectivitŽ des cours. Le droit ˆ la critique des cours est en particulier formulŽe dans les filires de Droit et de Sciences Economiques. Elle se concrŽtise sur le terrain par l’organisation de confŽrences, et ce, bien aprs la pŽriode du renouveau. Ainsi, en mars 1978, l’A.G.E.L.-U.N.E.F organise ˆ Lyon III une confŽrence sur " le droit tel qu’on nous l’enseigne  ". L’autre grande prŽoccupation de l’U.N.E.F-Renouveau concerne le contr™le des connaissances. La rŽforme du contr™le des connaissances, revendication dŽjˆ ancienne, surgit brutalement au milieu du mouvement de mai avec l’approche des dates des examens. En effet, les Žtudiants dŽbattent longuement dans les AssemblŽes GŽnŽrales du boycott ou non des examens. A Lyon, de multiples A.G. (Lettres, Psychologie, Anglais, Histoire-GŽographie…) votent le " boycott des examens dans leur forme traditionnelle ". Le refus des examens s’accompagne de deux revendications : la crŽation de commissions paritaires pour Žtablir les modalitŽs de sanction de l’annŽe universitaire 1967-1968 et une rŽforme totale du systme universitaire. Cependant, les positions sont extrmement diverses et des Žtudiants pr™nent la disparition pure et simple des examens. Les revendications de l’U.N.E.F-Renouveau, en ce qui concerne le contr™le des connaissances, demeurent modŽrŽes. Favorable au maintien d’examens d’ensemble, elle demande simplement l’introduction du contr™le continu des connaissances. Les revendications de l’U.N.E.F-Renouveau, dans le domaine pŽdagogique et sur le contr™le des connaissances, reprennent certaines prŽoccupations et mots d’ordre du mouvement de mai. L’amŽlioration des conditions d’Žtude passe aussi par la crŽation de postes de professeurs, de nouveaux b‰timents… .

    Les revendications concernant l’amŽlioration des conditions de vie des Žtudiants partent toutes d’un prŽsupposŽ : le refus de la sŽlection sociale. L’U.N.E.F-Renouveau souhaite en finir avec " l’UniversitŽ bourgeoise ", qui sŽlectionne les Žtudiants en fonction de leur origine sociale. Par consŽquent, elle lutte pour la " dŽmocratisation de l’UniversitŽ " et porte un certain nombre de revendications : la gratuitŽ de l’Enseignement SupŽrieur, le dŽveloppement des œuvres universitaires et l’Allocation d’Žtudes. L’Allocation d’Žtudes est un projet dŽjˆ ancien de l’U.N.E.F.. En effet, lors du congrs de Grenoble de 1946, l’Žlaboration de la " Charte de l’Žtudiant " dŽfinissant celui-ci comme un " jeune travailleur intellectuel " entra”ne simultanŽment la crŽation du projet d’Allocation d’Žtudes adoptŽ dŽfinitivement au congrs d’Arcachon. Plusieurs fois modifiŽ, il est progressivement abandonnŽ par l’U.N.E.F. au cours des annŽes 60. L’U.N.E.F-Renouveau reprend l ‘Allocation d’Žtudes ˆ son compte et lui assigne trois objectifs : mettre un terme au salariat Žtudiant, donner ˆ tous les Žtudiants les mmes chances de rŽussite quel que soit son milieu d’origine sociale et permettre ˆ tous les jeunes d’accŽder ˆ l’UniversitŽ. Cependant, les critres d’attribution sont profondŽment remaniŽs. Si, dans le projet de loi de 1951, l’Allocation d’Žtudes s’applique ˆ tous les Žtudiants sans distinctions, la revendication de l’U.N.E.F-Renouveau assortit l’obtention de l’Allocation d’Žtudes de critres diffŽrents : critres sociaux en premier cycle, critres sociaux et universitaires en second cycle et critres universitaires en troisime cycle. VersŽe douze mois douze, indexŽe au cožt de la vie et d’un montant suffisant pour vivre sans autres ressources, elle vise avant tout ˆ supprimer le salariat Žtudiant. Des allocations complŽmentaires existent et son financement est ŽlaborŽ dans le projet de loi de l’U.N.E.F.. L’allocation d’Žtudes constitue la revendication centrale de l’U.N.E.F-Renouveau en matire d’aide sociale.

  5. DŽfendre les libertŽs politiques et syndicales.

La dŽfense des libertŽs politiques et syndicales ˆ l’UniversitŽ est une prŽoccupation constante de l’U.N.E.F-Renouveau. Jusqu’en 1968, les organisations dites " reprŽsentatives des Žtudiants " par l’Etat sont celles qui sigent au Centre National des Œuvres. Ainsi, lors de la scission de la F.N.E.F. en 1961, le gouvernement De Gaulle/DebrŽ attribue trois siges ˆ la nouvelle organisation au dŽtriment de l’U.N.E.F.. Les activitŽs politiques et syndicales sont alors tolŽrŽes, mais demeurent, en thŽorie, interdites. Le mouvement de mai 1968 entra”ne une Žvolution. La mise en place de la cogestion entra”ne de fait la reconnaissance des organisations Žtudiantes. Mais aucun cadre lŽgal ne fixe les libertŽs syndicales ou politiques. L’attitude de l’administration, qui tolre plus ou moins bien les activitŽs syndicales, est primordiale. L’exercice des libertŽs politiques et syndicales ˆ l’UniversitŽ n’est reconnu qu’en… 1984 avec l’article 50 de la loi Savary.

La dŽfense des libertŽs politiques et syndicales garde donc aprs 1968 toute son actualitŽ. A cette revendication s’ajoutent le rejet de toute ingŽrence policire ˆ l’UniversitŽ et le maintien des franchises universitaires

  1. Une conception des luttes.
  2. L’U.N.E.F.-Renouveau dŽveloppe aussi une conception des luttes, portant ˆ la fois sur la forme et sur le fond.

    Elle s’appuie avant tout sur une distinction des objectifs des luttes, de leur portŽe. En effet, deux " types " de luttes sont distinguŽes, apparaissent : les luttes immŽdiates et les luttes gŽnŽrales.

    Les luttes immŽdiates sont considŽrŽes comme catŽgorielles. En effet, leurs objectifs sont essentiellement universitaires et les acteurs sont les Žtudiants. Pour aboutir, elles doivent obtenir le soutien de l’ensemble des Žtudiants, c’est ˆ dire engager la masse des Žtudiants dans l’action. La conception de " lutte de masse " est indissociable de celle de lutte immŽdiate. La " lutte de masse " implique la sensibilisation des Žtudiants aux problmes, puis leur implication dans le mouvement. Elle affirme donc l’existence d’intŽrts communs aux Žtudiants et la possibilitŽ d’une Žlaboration de revendications communes partagŽes par les Žtudiants aux delˆ des divergences politiques. Ces revendications ne peuvent donc qu’tre universitaires, sans prŽalable politique. Pour l’U.N.E.F.-Renouveau, une situation commune donne donc une base ˆ des intŽrts communs, ˆ des luttes. Toutefois, ces luttes ne sont pas exemptes de dangers et, en particulier, du " rŽformisme " et de l’absence de perspectives globales.

    Afin d’Žviter ces Žcueils, l’U.N.E.F.-Renouveau distingue un deuxime type de luttes : les " luttes gŽnŽrales, politiques ". MenŽes en collaboration avec les autres couches de la sociŽtŽ, elles visent ˆ faire aboutir des revendications de fond, comme, par exemple, " la dŽmocratisation de l’enseignement ˆ tous les niveaux ". Elles nŽcessitent la recherche de l’unitŽ d’action avec les syndicats enseignants ou ouvriers, comme le S.N.E.Sup. ou la C.G.T.. Toutefois, les luttes gŽnŽrales s’inscrivent dans un cadre prŽcis et restreint, puisque l’U.N.E.F.-Renouveau dŽnonce " l’utopie ", " les luttes […] purement idŽologiques ", sans dŽbouchŽ concret dans le monde universitaire. Il s’agit avant tout d’Žviter le gauchisme et de se couper des Žtudiants.

    Contrairement aux apparences, ces deux types de luttes ne s’opposent pas, ne sont pas contradictoires. Au contraire, les luttes immŽdiates peuvent dŽboucher sur des luttes " gŽnŽrales ". En effet, l’existence d’une situation reconnue d’intŽrts convergents, de luttes communes peuvent engendrer une prise de conscience des Žtudiants d’une situation plus large. Cette Žvolution dŽpasse les cadres Žtroits des luttes immŽdiates en direction des luttes gŽnŽrales, plus politiques.

    Outre cette distinction, l’U.N.E.F. –Renouveau pr™ne la dŽmocratie des luttes et, en particulier, la dŽmocratie directe : toute action revendicative doit tre dŽterminŽe dans chaque amphi ou T.D.. Elle tente ainsi de s’opposer aux mŽthodes des groupes gauchistes : A.G. d’Žtudiants, comitŽs de grve… . Ces structures sont rejetŽes, car jugŽes antidŽmocratiques, non-reprŽsentatives. Souvent contr™lŽes par les groupes gauchistes, elles offrent peu de libertŽ d’expression aux adhŽrents de l’U.N.E.F.-Renouveau. Les structures traditionnelles du mouvement Žtudiant sont donc rejetŽes.

    La distinction, thŽorique, entre " luttes immŽdiates " et " luttes gŽnŽrales " permet ˆ l’U.N.E.F.-Renouveau de se procurer un espace de libertŽ et de manœuvre entre le corporatisme, le rŽformisme et les visŽes rŽvolutionnaires des groupes gauchistes.

  3. La cogestion.

Enfin, la fondation de l’U.N.E.F.-Renouveau se fait sur un dernier point : la cogestion, c’est ˆ dire la participation de l’U.N.E.F. aux Žlections universitaires et aux diffŽrents conseils des universitŽs et facultŽs.

  1. Une loi issue de mai 1968.
  2. La cogestion est instaurŽe par la loi d’orientation de novembre 1968. Il s’agit donc d’une loi issue de mai 1968. En effet, elle rŽpond ˆ un certain nombre de revendications portŽes par le mouvement de mai 1968 : " autonomie ", " cogestion ". Cependant, une ambigu•tŽ, une confusion des mots d’ordre s’est Žtablie pendant mai 68 et aprs. Un fossŽ important sŽpare la revendication " rŽformiste " de cogestion et celle, contestataire et rŽvolutionnaire, de " pouvoir Žtudiant ". La loi d’orientation ou loi Faure ne peut dŽs lors faire l’unanimitŽ des acteurs de mai 68, car nŽe d’une Žquivoque.

    VotŽe en octobre et novembre 1968 par l’AssemblŽe Nationale et le SŽnat, la loi d’orientation a pour r™le essentiel de remettre en marche un systme universitaire profondŽment dŽstabilisŽ, paralysŽ et dŽcrŽdibilisŽ par la crise universitaire de mai 1968. A la suite des revendications portŽes par le mouvement de mai 1968, un volet de la loi est consacrŽ ˆ la participation ou cogestion. Outre la participation de tous les personnels ˆ la gestion des universitŽs, elle prŽvoit la prŽsence active de dŽlŽguŽs Žtudiants aux diffŽrents conseils avec les mmes droits que les reprŽsentants enseignants et non- enseignants. Cette innovation est importante, puisqu’elle modifie et implique de nouvelles relations sociales entre Žtudiants, enseignants et personnels. La loi concde aussi une extension du pouvoir des conseils ˆ travers un certain nombre de dispositions. Ainsi, elle prŽvoit la crŽation d’une catŽgorie d’Žtablissements publics dirigŽs par des conseils composŽs majoritairement de reprŽsentants des personnels et d’ usagers. Les conseils, surtout d’universitŽ, possdent de nombreuses attributions : ils interviennent dans le domaine institutionnel, pŽdagogique, administratif et financier. Ainsi, les conseils dŽterminent, dans un cadre lŽgislatif fixŽ par l’Etat, les statuts de l’universitŽ, les structures internes (nombre d’U.E.R.). Ils peuvent aussi dŽbattre et dŽcider des relations avec les autres Žtablissements, du contenu des programmes, mŽthodes, des modalitŽs d’examen, des problmes administratifs concernant la vie de l’universitŽ (contrats, constructions…), de l’Žlaboration, du vote et du contr™le du budget… . La loi d’orientation donne donc aux diffŽrents conseils, et en particulier au conseil d’universitŽ, de nombreuses prŽrogatives et un pouvoir dŽcisionnel important. Le prŽsident d’universitŽ, Žlu par le conseil d’universitŽ, possŽde le pouvoir exŽcutif, puisqu’il applique les dŽcisions du conseil d’universitŽ.

    La nouvelle loi va donc plus loin que l’ancienne revendication de l’U.N.E.F. En effet, l’U.N.E.F. milite depuis plusieurs annŽes pour la participation des Žtudiants avec des compŽtences Žlargies dans les diffŽrentes institutions et conseils des universitŽs. Cependant, elle ne demande alors qu’une participation ˆ titre consultatif… . Ainsi, en mars 1963, la F.G.E.L. – U.N.E.F. demande la participation de deux de ses membres ˆ l’assemblŽe de facultŽ avec voix consultative. De plus, l’U.N.E.F. s’oppose alors au principe d’Žlections Žtudiantes libres au nom de l’unicitŽ de la reprŽsentation Žtudiante.

    ImposŽe aux " mandarins " et aux professeurs conservateurs hostiles ˆ l’Žmancipation des ma”tres-assistants, la rŽussite de la cogestion, et donc de la loi d’orientation, dŽpend surtout de la rŽussite de cette greffe sur le monde Žtudiant. En effet, sans engagement massif des Žtudiants dans la gestion, la participation perd toute crŽdibilitŽ et remet en cause l’Ždifice universitaire issu de la loi d’orientation.

    Pour juger de la rŽussite ou non de ce pari, il faut s’intŽresser de prŽs ˆ l’Žvolution sur une longue pŽriode (1969-1993) de la participation Žtudiante aux diffŽrents scrutins universitaires.

    L’Žlection des dŽlŽguŽs, puis Žlus, Žtudiants a pris diffŽrentes formes depuis 1968. De 1969 ˆ 1984, les Žtudiants aux conseils d’U.E.R. sont Žlus au suffrage universel direct, c’est ˆ dire par l’ensemble des Žtudiants. En gŽnŽral, le scrutin se dŽroule sur une seule journŽe et les siges sont rŽpartis ˆ la proportionnelle avec une prime au vainqueur. L’Žtalement du scrutin sur une seule journŽe n’encourage pas la participation massive des Žtudiants (nombreux sont les Žtudiants n’ayant cours que quelques jours) et certaines universitŽs ou facultŽs se font gloire d’atteindre des taux d’abstention records. Pour le conseil d’universitŽ, le suffrage universel indirect est mis en place : les Žlus d’U.E.R. Žlisent parmi eux les Žlus Žtudiants au conseil d’universitŽ. Une interruption des Žlections a lieu entre 1984 et 1986 aprs le vote de la nouvelle loi d’orientation, dite loi Savary. En effet, les universitŽs devant adapter leurs statuts gardent provisoirement les conseils prŽcŽdemment Žlus. De 1986 ˆ 1994, tous les Žlus Žtudiants, aux conseils d’U.F.R. et aux conseils centraux (Conseil d’Administration, Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire, Conseil Scientifique), sont Žlus au suffrage universel direct. Devant les taux de participation dŽrisoires, des universitŽs tentent de provoquer au sein du milieu Žtudiant un regain de citoyennetŽ, une prise de conscience, en allongeant la durŽe du scrutin sur deux jours ou en favorisant l’information, la publicitŽ des Žlections.

    La participation des Žtudiants conna”t, de 1969 ˆ 1994, une Žvolution diffŽrenciŽe selon les disciplines, mme si, sur le long terme, une dŽsaffection croissante appara”t nettement. On peut diffŽrencier deux Žvolutions diffŽrentes : les Sciences exactes et les Sciences humaines et sociales d’un cotŽ, le Droit et la MŽdecine de l’autre.

    Les Sciences exactes et les Sciences humaines et sociales connaissent une Žvolution rapide vers une indiffŽrence quasi-gŽnŽrale. En effet, les Žlections universitaires de 1969 montrent un incontestable intŽrt des Žtudiants. Les taux de participation sont alors trs importants : prs de 50 % au niveau national. A Lyon, la participation est assez massive : 49,7 % ˆ l’universitŽ Lyon II, 44,59 % pour l’U.E.R. de MathŽmatiques, 50,23 % en Physique, 55,1 % en Chimie et Biochimie, 73,09 % en Sciences de la Nature, 57,25 % en Biologie dynamique, 55,55 % en Physique nuclŽaire. Toutefois, les taux de participation dŽcroissent rapidement et laissent la place ˆ un dŽsintŽrt profond et massif de la part des Žtudiants. Ainsi, dŽs 1970, le taux de participation tombe ˆ 25,6 % ˆ l’universitŽ Lyon II. Il demeure par la suite systŽmatiquement infŽrieur ˆ 20 %, quand ce n’est pas moins. En 1992, la participation ˆ l’Žlection de l’U.E.R. de Lettres ˆ Lyon II devient pratiquement nulle : 2,7 % des Žtudiants se sont dŽplacŽs pour aller voter !. La dŽsaffection des Žtudiants de Sciences Humaines et Sociales et de Sciences Exactes appara”t durable et profondŽment ancrŽe : les divers mouvements Žtudiants ne provoquent pas de sursauts de citoyennetŽ Žtudiante ou d’intŽrt pour les Žlections. Ainsi, en fŽvrier 1974, seuls 13,4 % des Žtudiants se rendent aux urnes lors des Žlections d’U.E.R. ˆ Lyon II. Quelques mois auparavant se dŽroulait le mouvement contre la suppression des sursis Žtudiants et contre la crŽation du D.E.U.G… . De multiples raisons peuvent expliquer cette profonde dŽsaffection : absence " d’esprit de corps " chez les Žtudiants de ces filires (faible intŽgration ˆ l’universitŽ, absence de vie Žtudiante dans des campus isolŽs et excentrŽs, faible perception des enjeux, indiffŽrence du milieu Žtudiant, prŽsence rŽduite des Žlus Žtudiants au sein des divers conseils…) . L’influence des mouvements gauchistes pr™nant le boycott et refusant la participation ne semble pas jouer un r™le essentiel. Il n’est certes pas possible de mesurer l’impact de ces mouvements lorsqu’ils pr™nent le boycott. Cependant, il est possible d’observer, d’Žvaluer les consŽquences d’un changement d’attitude. Or, au dŽbut des annŽes 80, l’U.N.E.F-ID dŽcide de participer aux Žlections universitaires. Cette dŽcision n’engendre pas d’augmentation systŽmatique des taux de participation. Ainsi, l’U.E.R. de Lettres de Lyon II enregistre un taux de participation de 7,7 % en janvier 1982 et de 7,12 % en dŽcembre 1982, alors que l’U.N.E.F-ID passe, dans le mme temps, de 0 ˆ 7 Žlus sur 10.

    L’Žvolution est trs diffŽrente pour les filires de Droit et de MŽdecine. La participation des Žtudiants est, certes, minoritaire, mais elle demeure importante avec un taux rŽgulirement supŽrieur ˆ 30 % Jusqu’en 1984. L’U.E.R. de MŽdecine de Lyon-Nord est une bonne illustration : le taux de participation est, hormis en janvier 1981, supŽrieur ˆ 30 % : 34,8 % en novembre 1972, 41,8 en dŽcembre 1974, 69,5 % en dŽcembre 1976, 33,5 % en dŽcembre 1977, 60,0 % en dŽcembre 1979, 20,7 % en janvier 1981, 42,2 % en dŽcembre 1982 et 51,0 % en janvier 1984. En Droit, la participation demeure importante, mais d’un moindre niveau : autour de 30 %. Cependant, elle devient beaucoup plus faible et alŽatoire ˆ la fin des annŽes 80 et au dŽbut des annŽes 90. A cette participation soutenue s’ajoutent les effets des mouvements Žtudiants. En effet, ils peuvent entra”ner ponctuellement des regains de participation. La corrŽlation est particulirement forte en MŽdecine lors des mouvements d’octobre 1975 et d’avril 1979, suivis tous deux de fortes hausses de la participation. Ainsi, le taux de participation ˆ l’U.E.R. de MŽdecine Lyon-Nord passe de 33,0 % en dŽcembre 1978 ˆ 60,0 % en dŽcembre 1979. La plus forte participation des Žtudiants de MŽdecine et de Droit s’explique par une situation souvent opposŽe ˆ celle des facultŽs de Sciences Exactes ou de Sciences Humaines et Sociales. En effet, une forte cohŽsion entre les Žtudiants s’est maintenue au fil des annŽes : les traditions " folkloriques " perdurent, des associations Žtudiantes ˆ vocation corporatiste sont fermement implantŽes (ANEPF, CCEML, ACEML, AAEPL, AAPL, Corpo Lyon III), les effectifs sont rŽduits une fois passŽ l’obstacle du numerus clausus ou du premier cycle, l’intŽgration ˆ l’UniversitŽ est forte, une relative satisfaction ˆ l’Žgard de l’Institution existe, le milieu Žtudiant est trs structurŽ, les inquiŽtudes sur l’avenir sont faibles et la professionnalisation forte… . Tous ces facteurs favorisent un taux de participation des Žtudiants aux Žlections universitaires plus ŽlevŽ.

    Une Žvolution diffŽrente selon les disciplines appara”t : l’indiffŽrence gagne vite les Žtudiants de Sciences Exactes ou de Sciences Humaines et Sociales, tandis que le Droit et la MŽdecine rŽsistent plus longtemps. Cependant, une tendance de fond ˆ une dŽsaffection des Žtudiants vis ˆ vis des diffŽrents scrutins universitaires se fait jour. Elle est accentuŽe par l’attitude de l’administration, (peu encline souvent ˆ faire de la publicitŽ pour les Žlections…) et par l’instauration de diverses mesures visant ˆ rŽduire la reprŽsentation Žtudiante au sein des conseils. La cogestion s’avre donc, en ce qui concerne la participation des Žtudiants, un Žchec, puisqu’elle ne rŽussit pas ˆ regrouper derrire elle la masse des Žtudiants. Une Žtude sur la participation qualitative des Žlus Žtudiants ˆ la gestion de l’UniversitŽ et des facultŽs serait sans doute beaucoup plus nuancŽe.

  3. La cogestion ŽrigŽe comme " instrument des luttes revendicatives ".

En refusant de suivre la position adoptŽe par l’U.N.E.F. au congrs de Marseille, l’U.N.E.F.-Renouveau dŽveloppe sur la cogestion une analyse originale au sein du mouvement Žtudiant. Ni collaboration avec l’administration, ni simple acte de reprŽsentation des Žtudiants, la cogestion est ŽrigŽe comme un " instrument des luttes revendicatives ".

En effet, la participation est jugŽe utile aux Žtudiants. La cogestion n’est pas vŽcue comme une rŽsignation, un simple acte de prŽsence. Au contraire, elle est action, lutte. Elle est jugŽe utile aux Žtudiants pour diffŽrentes raisons. Elle offre aux Žtudiants la possibilitŽ d’obtenir des informations. Elus ˆ part entire, les dŽlŽguŽs Žtudiants ont accs ˆ tous les documents rendus publics pendant les conseils. Mais surtout, la cogestion ou participation est considŽrŽe comme un instant de lutte. L’U.N.E.F.-Renouveau affirme la possibilitŽ d’obtenir de nouveaux droits et de lutter contre les rŽformes nŽfastes dans les conseils. Ainsi, en fŽvrier 1969, l’U.N.E.F.-Renouveau compte sur les conseils afin de lutter contre les aspects nŽgatifs de la loi d’orientation et de dŽfinir ou Žclaircir certains aspects imprŽcis.

Toutefois, la cogestion n’est pas considŽrŽe comme un moyen de lutte ˆ part entire. L’utilisation de la cogestion par l’U.N.E.F.-Renouveau se fait dans une dŽmarche prŽcise. Elle devient acceptable et utilisable si des conditions particulires sont rŽunies. Ainsi, la corrŽlation est Žtablie entre cogestion/lutte syndicale/crŽation d’un " vŽritable syndicat ". Pour l’U.N.E.F.-Renouveau, une corrŽlation doit s’Žtablir entre l’action des Žlus dans les conseils (vote, motion…), la mobilisation des Žtudiants afin de soutenir l’action des Žlus (occupation de la salle du conseil, pŽtitions…), et le relais des ces actions dans les autres conseils et au niveau national. La cogestion devient un " instrument des luttes revendicatives " si ces 3 actions sont menŽes. Ainsi, l’U.N.E.F-Renouveau affirme la possibilitŽ de luttes ˆ partir des conseils des universitŽs. Cette position appara”t alors comme originale, ˆ la fois ŽloignŽe des corpos et de l’U.N.E.F., puis de l’U.N.E.F.-UnitŽ Syndicale.

c. Le rejet du boycott.

Composante de l’U.N.E.F., la tendance Renouveau pr™ne une position radicalement opposŽe ˆ l’analyse de la cogestion dŽveloppŽe et adoptŽe par l’U.N.E.F. au congrs de Marseille, c’est ˆ dire le boycott des Žlections universitaires.

En effet, dŽs la parution de la loi Faure ˆ la fin de l’annŽe 1968, le B.N. et le C.N. rejettent la participation aux Žlections universitaires et appellent au boycott. Cette position, soutenue conjointement par le P.S.U. et l’A.J.S., est rŽaffirmŽe au congrs de Marseille en dŽcembre 1968. A la participation, considŽrŽe comme une intŽgration du mouvement Žtudiant ˆ l’Etat, l’U.N.E.F. oppose le contr™le du systme universitaire par le mouvement Žtudiant en lutte. Les formes de ce contr™le ne sont toutefois pas prŽcisŽes. En effet, l’U.N.E.F., Žtant donnŽ son Žtat de faiblesse, est dans l’incapacitŽ de tenir ce r™le, tandis que la mobilisation Žtudiante (dont l’expression la plus visible est l’A.G.) ne dure que quelques jours ou semaines et demeure trop ŽphŽmre. Aprs la scission de 1971, cette analyse est partiellement reprise par l’U.N.E.F.-UnitŽ Syndicale.

Cette analyse est rejetŽe par l’U.N.E.F.-Renouveau, mme si un consensus s’Žtablit sur la volontŽ de l’Etat d’intŽgrer le mouvement Žtudiant par l’intermŽdiaire de la cogestion. Le boycott n’est pas repoussŽ d’emblŽe par l’U.N.E.F.-Renouveau. Bien au contraire, il est considŽrŽ comme un moyen d’action acceptable, une " mŽthode bonne ", si il vise ˆ court terme la destruction des institutions universitaires.Mais le contexte n’est plus jugŽ comme favorable : le mouvement Žtudiant est dŽsormais divisŽ, des acquis ont ŽtŽ obtenus aprs mai 1968… . Le boycott appara”t dŽs lors pour l’U.N.E.F.-Renouveau comme une " absurditŽ ", puisqu’elle laisse les mains libres au gouvernement pour remettre en cause les acquis dans les conseils.

La participation aux Žlections universitaires est donc un pilier de la reconstruction de l’U.N.E.F., la cogestion devient un des piliers de l’action syndicale. Concluant ˆ l’inverse du PSU et de l’extrme-gauche, l’U.N.E.F.-Renouveau rejette le boycott et affirme le r™le des conseils dans les luttes. Cette analyse se rapproche de celle des grandes centrales syndicales ouvrires et va constituer pendant 13 ans la ligne de scission " officielle ", puis de sŽparation entre les deux branches concurrentes issues de l’U.N.E.F..

 


RŽsumŽ :

La scission de l’U.N.E.F a donc deux rŽalitŽs : une nationale et une locale. Au niveau national, la scission de l’U.N.E.F est vŽcue comme une lutte interne, entre tendances dirigŽes par des appareils politiques, c’est ˆ dire l’U.E.C, l’A.J.S et le P.S.U. La situation de l’U.N.E.F. est, depuis 1963, celle d’une organisation en crise : le nombre de ses adhŽrents et de ses implantations diminue, les finances sont exsangues et le projet syndical en ruine… . Pourtant, l’U.N.E.F. devient un enjeu pour les partis politiques et leurs organisations de jeunesse. En effet, avec la normalisation des organisations de jeunesse comme l’U.E.C. au milieu des annŽes 60, les dŽbats politiques ne peuvent plus se mener dans ses structures et de dŽplacent vers le seul lieu de confrontation possible : l’U.N.E.F.. L’aprs-mai 68 est trs difficile pour l’U.N.E.F., puisqu’elle Žchoue dans sa tentative de recomposition du mouvement Žtudiant et conna”t une exacerbation sans prŽcŽdent de ses tensions internes avec l’adoption et l’Žlaboration de la loi Faure. Les opposants et partisans de la cogestion s’affrontent longuement et crŽent une nouvelle ligne de fracture au sein de l’organisation. Le dŽpart du B.N. contr™lŽ par le P.S.U. en janvier 1971 laisse face ˆ face les courants Renouveau et UnitŽ Syndicale, qui tiennent trs rapidement des congrs sŽparŽs. A travers l’encha”nement des ŽvŽnements, il s’agit donc bien d’une scission entre deux tendances ayant des conceptions opposŽes du syndicalisme Žtudiant. Jusqu’au moment de la rupture, et en dŽpit des entorses rŽpŽtŽes ˆ la discipline syndicale par certaines tendances, le cadre des luttes reste l’U.N.E.F. o cohabitent au sein des mmes instances les diverses tendances.

Au niveau local, les faits offrent une vision diffŽrente des ŽvŽnements. En effet, au lieu de scission, le terme de fondation serait plus adŽquat. La crŽation de l’U.N.E.F-Renouveau ˆ Lyon se fait entre l’appartenance revendiquŽe ˆ l’U.N.E.F et le rejet de l’A.G.E.L.. Vague rassemblement d’individualitŽs plus qu’organisation structurŽe, l’U.N.E.F-Renouveau tente, jusqu’en mai 1969, de faire fonctionner les diffŽrentes instances de l’A.G.E.L., dont le bureau est aux mains du P.S.U.. Aprs l’Žchec de l’A.G. du 24 mai 1969, l’U.N.E.F-Renouveau se structure progressivement et devient une organisation syndicale autonome avec son propre fonctionnement interne, ses propres initiatives et sans relations avec l’A.G.E.L.. L’A.G.E.L-U.N.E.F., crŽe en mai 1971 et concrŽtisation du renouveau ˆ Lyon, n’est donc pas issue d’une scission, mais appara”t comme une vŽritable fondation reposant sur trois bases : un programme syndical, une conception des luttes et l’acceptation de la cogestion.

 


Chapitre 2. Milieu Žtudiant et syndicalisme Žtudiant face ˆ la " massification " de l’Enseignement SupŽrieur et ˆ la crise de l’UniversitŽ : 1971-1994.

I. Une UniversitŽ en proie ˆ la " massification " de l’Enseignement SupŽrieur.

  1. Une progression numŽrique constante du monde Žtudiant.
  2. L’Enseignement SupŽrieur, et en particulier l’UniversitŽ, conna”t de 1971 ˆ 1994 une progression constante de ses effectifs. Il ne s’agit cependant pas de la premire croissance importante de cette ancienne institution. Plusieurs poussŽes numŽriques se sont dŽjˆ produites, mais aucune n’a atteint des dimensions aussi spectaculaires et sur une aussi longue durŽe.

    Au niveau national, on observe de toute Žvidence un changement dans la taille de l’UniversitŽ. Les effectifs Žtudiants passent d’une base 100 ˆ la rentrŽe 1959, ˆ l’indice 430 ˆ la rentrŽe 1977 et ˆ l’indice 721 en 1993. En un peu plus de trente ans, le nombre d’Žtudiants a ŽtŽ multipliŽ par 7. De 186 101 en 1959, il passe ˆ 615 326 en 1969, 858 085 en 1980, 1 036 600 en 1988 et 1 403 827 en 1993. Durant notre pŽriode d’Žtude, l’UniversitŽ double de volume et prend vŽritablement un caractre de masse. Elle a absorbŽ l’essentiel de la demande de dipl™me aprs le baccalaurŽat, puisque les effectifs des grandes Žcoles n’ont pas ŽvoluŽ dans les mmes proportions. On peut distinguer diffŽrentes phases de croissance, chacune caractŽrisŽes par des rythmes et des moteurs diffŽrents. Jusqu’en 1968, on assiste ˆ la poussŽe, croissance la plus importante. En effet, les effectifs sont multipliŽs par 3 en 10 ans. (1959-1969). Le rythme de croissance annuel demeure soutenu, puisqu’il dŽpasse constamment 10 % par an et atteint 15 % en 1962-1963, puis en 1963-1964. Elle doit accueillir chaque annŽe entre 20 000 et 40 000 bacheliers supplŽmentaires. Le baby-boom explique en partie seulement cet accroissement. D’autres phŽnomnes mŽritent d’tre ŽclairŽs : l’accroissement des taux de scolarisation et le dŽsir croissant des bacheliers de poursuivre leurs Žtudes. Les taux de scolarisation, c’est ˆ dire " la proportion des jeunes qui, dans chaque classe d’‰ge, frŽquentent un Žtablissement scolaire, et qui sont indŽpendants du volume dŽmographique des cohortes dŽmographiques ", progressent de faon continue de 1960 ˆ 1970 pour les classes d’‰ges au-dessus de 16 ans. Une part croissante de jeunes ont accs au baccalaurŽat, puis ensuite ˆ l’UniversitŽ. Un vŽritable parallŽlisme s’opre entre deux phŽnomnes : la dŽmocratisation (mme limitŽe) de l’Enseignement Secondaire et l’aspiration d’une part croissante des bacheliers ˆ poursuivre leurs Žtudes.

    De la rentrŽe universitaire 1968-1969 ˆ 1987-1988, la croissance devient plus faible et plus rŽgulire. Certes, l’universitŽ doit encore absorber ˆ chaque nouvelle rentrŽe universitaire des dizaines de milliers de nouveaux Žtudiants ( entre 3000 et 40 000), ce qui ne se produit pas sans heurts. Mais le plus gros de la vague est passŽ, et le taux de croissance demeure fort modeste : moins de 5 % par an. Une vŽritable " dŽsinflation " du nombre d’Žtudiants se produit entre 1973-1974 et 1986-1987, puisque le taux de croissance annuel tombe la plupart du temps en-dessous de 2 %. La rentrŽ 1986-1987 marque un extrme : les effectifs progressent de 0,3 %, c’est ˆ dire de 2888 nouveaux Žtudiants par rapport ˆ la rentrŽe universitaire 1985-1986. Cette faible croissance rŽsulte en partie de la baisse de la fŽconditŽ ˆ partir de 1963-1964. Aprs 1964 et les annŽes de baby-boom, la situation se renverse : la fŽconditŽ flŽchit rapidement pour atteindre un minimum en 1976. Elle oscille ensuite entre 1,80 et 1,90 enfant par femme, tandis que le nombre des naissances tombe ˆ 770 000 par an pendant les annŽes 70. (au lieu de 881 000 en 1971). La corrŽlation appara”t ensuite Žvidente : des classes d’‰ges moins nombreuses accdent au secondaire, puis, Žventuellement, au supŽrieur. Toutefois, cette explication n’est valable que pour le milieu des annŽes 80 : les lycŽens accŽdant ˆ l’universitŽ en 1985 sont nŽs aux alentours de 1967…. .

    Les vŽritables causes sont donc ailleurs. Les conditions d’accueil favorisent sans doute la dŽsaffection des nouveaux bacheliers pour les universitŽs. Mais surtout, le ralentissement de la croissance Žconomique et l’affaiblissement des illusions sur une promotion sociale par les Žtudes universitaires apparaissent comme les principaux freins ˆ la croissance numŽrique des Žtudiants.

    La rentrŽe 1988-1989 marque une reprise nette de l’accroissement des effectifs Žtudiants. Le nombre d’Žtudiants passe de 989 461 ˆ 1 036 600 en 1988-1989, 1 236 934 en 1991-1992 et 1 403 827 en 1993-1994, ce qui correspond ˆ une hausse de 42 % !. DŽsormais, prŽs d’un jeune sur deux de 18 ˆ 22 ans est Žtudiant. Ce bouleversement s’explique tout d’abord par la gŽnŽralisation progressive de l’accs ˆ l’Enseignement SupŽrieur. De 30 % d’une classe d’‰ge au dŽbut des annŽes 70, le taux d’accs au baccalaurŽat explose au milieu des annŽes 80 pour dŽpasser 50 % au dŽbut des annŽes 90. En 1995, il atteint 67 %.

    % de bacheliers par gŽnŽration
    1850 1,3a
    1900 1,8a
    1950 5,9 - 4,4b
    1970 18,5 - 21,5b
    1975 22,2 - 29,9b
    1983 27,9
    1987 32,8
    1988 36
    1992 51,2
    1994 58
    Source : Quid 1995, p 1332.
    a. Garons seulement.  
    b. Garons - Filles.  

    Cet essor s’explique par le dŽveloppement, ˆ cotŽ des bacs gŽnŽraux, des bacs technologiques et professionnels, mais surtout par la volontŽ affichŽe des pouvoirs publics " d’amener 80 % d’une classe d’‰ge au niveau bac ". A cela s’ajoute le souhait massivement exprimŽ par les bacheliers de poursuivre des Žtudes. Dans un contexte de crise Žconomique et de ch™mage massif, la rŽussite scolaire demeure " le meilleur passeport pour l’ascension sociale " et la meilleur protection contre le ch™mage. Cependant, l’universitŽ n’est plus la seule destination des bacheliers. La diversification de l’offre d’enseignement supŽrieur : universitŽs, IUT, STS, Žcoles d’ingŽnieur… , a permis d’Žviter un raz de marŽe de bacheliers sur l’universitŽ.

    L’universitŽ conna”t donc, de 1969 ˆ 1993, un changement de dimension engagŽ au dŽbut des annŽes 60. L’universitŽ Žlitiste des annŽes 50 et 60 cde la place ˆ une universitŽ de masse par le nombre.

    L’Žvolution de l’universitŽ lyonnaise s’inscrit dans ce contexte national de massification. Cependant, deux obstacles ne permettent pas une Žtude complte : les donnŽes lacunaires ou indisponibles pour certaines pŽriodes comme 1968-1976, et l’alternance irrŽgulire de deux unitŽs de compte : le nombre d’inscriptions ou le nombre d’Žtudiants. (un Žtudiant ayant la possibilitŽ de prendre plusieurs inscriptions, ce qui modifie considŽrablement le nombre rŽel d’Žtudiants.). L’Žvolution nationale se reproduit ˆ Lyon avec une croissance importante des effectifs : 57 000 Žtudiants en 1976, 78 000 en 1986, 102 000 en 1992, 110 000 en 1994. Elle se situe dans la moyenne nationale. Ainsi, pour une base 100 en 1976, les effectifs Žtudiants ˆ Lyon atteignent 188 en 1993. ( au niveau national : 100 en 1975, 174 en 1993).

    Contrairement au niveau national o deux nettes poussŽes peuvent tre observŽes , la croissance des effectifs Žtudiants se fait ˆ un rythme rŽgulier, mme si une lŽgre accŽlŽration se produit de 1987 ˆ 1994. La progression des annŽes 1987-1994 reste nŽanmoins infŽrieure ˆ l’augmentation des effectifs au niveau national :

    Les effectifs Žtudiants en France, 1959-1993

    Date Effectifs Indice
    1959 186101 100
    1963 326311 175
    1967 509198 274
    1969 615326 331
    1970 647625 350
    1975 807911 434
    1980 858085 461
    1981 883657 475
    1982 905198 486
    1983 930268 500
    1984 949844 510
    1985 967778 520
    1986 970666 521
    1987 989461 532
    1988 1036600 557
    1989 1080600 580
    1990 1146900 616
    1991 1236934 664
    1992 1313208 706
    1993 1403827 754

    Source : FREMY (D., M.), Quid 1995, Robert Laffond, 1994, p.1329.

    Elle appara”t mme faible par rapport ˆ d’autres universitŽs. Ainsi, les universitŽs de Lille comptent 72 500 Žtudiants en 1987 et 118 000 environ en 1993, soit une augmentation de 62,7 % en 6 ans…. Le cas est identique pour l’universitŽ de Limoges, de taille pourtant radicalement diffŽrente. Pourtant, la progression du pourcentage de bacheliers par gŽnŽration dans l’AcadŽmie de Lyon est similaire ˆ l’Žvolution nationale. Une aire de recrutement moindre des universitŽs lyonnaises peut expliquer cette croissance " modŽrŽe ". En effet, une ville universitaire exercent une attraction sur un territoire variable, dans lequel elle attire et draine vers elle la majoritŽ des nouveaux bacheliers. Or, l’aire de recrutement des universitŽs lyonnaises appara”t rŽduite, en raison de la concurrence d’autres p™les universitaires : Grenoble ˆ l’est, Saint-Etienne et Clermont-Ferrand ˆ l’ouest et Dijon au nord.

    Ainsi, l’universitŽ Žvolue profondŽment de 1971 ˆ 1994. Le processus de massification de l’Enseignement SupŽrieur, et de l’universitŽ en particulier, amorcŽ dans les annŽes 60, s’achve au milieu des annŽes 90. A l’UniversitŽ d’Žlite des annŽes 50 s’est substituŽe une UniversitŽ de masse par le nombre. A Lyon, une forte croissance des effectifs peut-tre observŽe durant cette pŽriode, mais sans particularitŽs notables. Elle fait cependant exploser les vieux campus du centre-ville hŽritŽs des premires annŽes de la IIIe RŽpublique. Afin d’absorber ces flots de nouveaux Žtudiants, de nouveaux campus sont amŽnagŽs de 1967 ˆ 1994. Deux gŽnŽrations se succdent : les campus ŽloignŽs du centre-ville durant les annŽes 70 (Lyon I Doua dŽbutŽ ˆ la fin des annŽes 60 et Lyon II Bron), puis rŽintŽgrŽs au dŽbut des annŽes 90 (Lyon III Manufacture). DŽs lors, une dichotomie appara”t entre ces deux gŽnŽrations de campus. Tandis que les campus intŽgrŽs au centre-ville connaissent peu de mouvements Žtudiants, les campus situŽs ˆ Bron ou Villeurbanne, souvent construits rapidement, connaissent de multiples problmes matŽriels et deviennent des zones sensibles pour la propagande et le dŽveloppement des groupes gauchistes, des syndicats et des mouvements Žtudiants.

  3. Une dŽmocratisation de l’enseignement supŽrieur limitŽe.

L’universitŽ conna”t, de 1971 ˆ 1994, un phŽnomne de massification par le nombre. Cependant, une vŽritable dŽmocratisation se produit-elle ?. Il ne s’agit pas de la dŽmocratisation interne de l’UniversitŽ (dŽpŽrissement de la hiŽrarchie rigide des relations entre enseignants et Žtudiants…), mais de la dŽmocratisation externe, c’est ˆ dire de son recrutement. En effet, l’accroissement des effectifs n’a pas forcŽment pour corollaire l’accs de toutes les classes sociales, de tous les sexes, ˆ une formation universitaire.

La dŽmocratisation se pose tout d’abord pour les classes sociales. Des facteurs ont favorisŽ au cours des trois dernires dŽcennies l’accs de toutes les classes sociales ˆ l’universitŽ : absence de sŽlection pour les bacheliers postulant ˆ l’entrŽe des universitŽs, hormis quelques filires, assouplissement du rŽgime des examens… . Toutefois, la dŽmocratisation sociale du recrutement se heurte ˆ la structure mme des Žtudes universitaires : complexitŽ du cursus universitaire, cožt financier, allongement de la durŽe des Žtudes… . La dŽmocratisation du baccalaurŽat a fait sauter l’obstacle social du lycŽe, rŽservŽ jusqu’aux annŽes 70 aux enfants de la bourgeoisie. Cependant, la poursuite d’Žtudes, le type de bac… diffŽrent selon les classes sociales.

Mais la dŽmocratisation externe de l’UniversitŽ ne passe pas exclusivement par l’accs de toutes les catŽgories sociales aux formations universitaires. Elle passe aussi par l’accs des deux sexes ˆ l’UniversitŽ. Trs majoritairement composŽe d’Žtudiants dans les annŽes 50, l’UniversitŽ change profondŽment durant les dŽcennies suivantes. L’inŽgalitŽ entre filles et garons se rŽsorbe fortement durant la pŽriode 1960-1980. La population Žtudiante, composŽe de 40,0 % de filles en 1959-1960, s’Žquilibre pour atteindre50,0 % de filles ˆ la rentrŽe 1980-1981. Cette tendance s’accentue de 1980 ˆ 1994 et un renversement se produit. DŽsormais, les Žtudiantes sont majoritaires : 53,1 % en 1989.

Les Žtudiantes en France

(en % du total des Žtudiants)

1900 3,5
1929 22,9
1939 30
1949 33,1
1959 38,4
1967 43,5
1969 45,5
1975 47,6
1980 49,7
1981 50,5
1982 49,7
1983 50,5
1984 51
1985 51,2
1986 51,6
1987 52,2
1988 52,7
1989 53,1

Source : FREMY (D., M.), Quid 1995, Robert Laffont, 1994, p.1329.

 

Mais cette Žvolution cache mal la persistance de nombreuses inŽgalitŽs. En effet, les filles font des Žtudes plus courtes et deviennent minoritaires au-delˆ du premier cycle et en particulier dans le troisime cycle. Elles se dirigent peu dans certaines disciplines comme certains IUT, les sciences exactes, la mŽdecine, les sciences Žconomiques et de gestion…. Ainsi, ˆ Lyon II, la filire de sciences Žconomiques et de gestion compte, ˆ la rentrŽe 1996-1997, 46,1 % d’Žtudiantes, contre 61,8 % en Histoire et 81,7 % dans la facultŽ des langues.

L’UniversitŽ conna”t, de 1971 ˆ 1994, une trs lŽgre dŽmocratisation. En effet, la massification par le nombre a rendu possible un accs plus large des filires universitaires ˆ des classes sociales dŽfavorisŽes ou aux deux sexes. Cependant, des inŽgalitŽs demeurent : une sŽlection s’opre toujours dans le choix de la filire, dans la durŽe des Žtudes, dans les chances de rŽussite ( accs ne rimant pas avec obtention d’un dipl™me). Au final, l’UniversitŽ des annŽes 70 ˆ 90 est en mutation lente, mais elle garde de nombreux traits de continuitŽ avec le passŽ.

 


II. Des rŽformes nombreuses sources de conflits et de mouvements Žtudiants.

Face ˆ l’afflux de nouveaux bacheliers et ˆ son cortge de difficultŽs matŽrielles et pŽdagogiques, aux mutations de la sociŽtŽ et du marchŽ du travail…, les ministres successifs de l’Education Nationale ont tentŽ, le plus souvent sans rŽussite, de rŽformer l’Enseignement SupŽrieur. Souvent ŽlaborŽes sans concertation avec les milieux enseignants et Žtudiants, elles deviennent des sources de conflits et de mouvements Žtudiants.

  1. L’agitation fŽbrile du dŽbut des annŽes 70.
  2. Le dŽbut des annŽes 70 appara”t comme une pŽriode trouble, o des mouvements Žtudiants alternent avec des phases de rŽsignation. La proximitŽ de mai 1968, ˆ travers les principaux acteurs et mots d’ordre, influence encore un mouvement Žtudiant en pleine restructuration, mme si elle s’amenuise progressivement.

    Un " mai rampant " persiste au dŽbut des annŽes 70 et favorise, gŽnŽralise la contestation ˆ de nouveaux publics ou mŽcanismes du systme scolaire : concours de recrutement des enseignants du secondaire en mai 1969, lycŽes techniques et gŽnŽralistes de 1969 ˆ 1974 o les C.A.L, objets d’une lutte acharnŽe entre les communistes de la J.C. et les groupes d’extrme-gauche, jouent un r™le de premire place, fermeture provisoire de l’E.N.S. en 1971. A l’universitŽ, ce " mai rampant " appara”t tout d’abord lors de la grve en lettres et sciences ˆ Lyon en 1970. En Lettres, elle dure plus d’un mois, puisqu’elle s’Žtend du 20.01. au 25.02. Elle trouve son origine dans la circulaire Guichard sur les examens. Elle est votŽe ˆ l’initiative de l’U.E.L. (Union des Etudiants Lyonnais, considŽrŽe comme trs modŽrŽe par les R.G..), afin, semble t’il, de contrer les groupes gauchistes et de contr™ler le mouvement. La grve, lancŽe par l’U.E.L., obtient trs rapidement le soutien de l’A.G.E.L. et se gŽnŽralise aux trois facultŽs lyonnaises, c’est ˆ dire lettres, sciences et droit. Cependant, le consensus contre la circulaire Guichard Žclate rapidement et les diffŽrents acteurs adoptent des positions opposŽes. Les modŽrŽs, qui ont lancŽ la grve, dŽveloppent des revendications corporatistes, propres ˆ chaque facultŽ. Les groupes gauchistes dŽpassent le cadre Žtroit des revendications corporatistes et universitaires et, ˆ la critique de la loi Faure, rajoutent des mots d’ordre politiques gŽnŽraux. Enfin, les communistes, groupŽs au sein de l’U.E.C. craignent, selon les R.G., d’tre dŽpassŽs et hŽsitent ˆ s’engager pleinement. A ces divisions entre les diffŽrents protagonistes s’ajoute le pourrissement de la grve, ce qui engendre durant le mois de fŽvrier des situations diverses selon les facultŽs et des " alliances " peu conventionnelles. La reprise du travail se fait rapidement en droit puis en sciences o elle est favorisŽe par une opposition commune ˆ la grve illimitŽe A.J.S./ U.E.C./ModŽrŽs. En lettres, la grve s’Žternise jusqu’ˆ la fin du mois de fŽvrier, puis une reprise s’amorce ˆ partir du 25.02. La fin de la grve ne signifie cependant pas la fin de l’agitation. En effet, des mouvements Žtudiants multiples, mais de brve durŽe et de faible ampleur, Žclatent jusqu’en mars 1970 ˆ l’I.N.S.A., en lettres, en sciences Žconomiques, en mŽdecine et en sciences.

    Un second grand mouvement Žtudiant a lieu en mars 1973 avec la lutte contre la loi DebrŽ sur les sursis Žtudiants et contre la crŽation du D.E.U.G.. La loi DebrŽ, du nom du ministre de l’intŽrieur, vise ˆ rŽduire, et parfois supprimer, les sursis militaires accordŽs aux Žtudiants afin de leur permettre d’achever leur cursus. Elle se trouve en conjonction avec la loi instaurant le D.E.U.G. ˆ la place du D.U.E.S. en premier cycle universitaire. Cette conjonction va favoriser la mobilisation au-delˆ du monde Žtudiant, puisque les lycŽens participent activement ˆ ce mouvement. Toutefois, le mouvement se divise rapidement entre organisations de la gauche traditionnelle (socialistes et communistes) et d’extrme-gauche. Les manifestations des 23 et 24 mars sont ˆ ce sujet Žloquentes. En effet, une manifestation organisŽe par l’UD-C.A.L., le M.J.C.F., l’A.G.E.L.-U.N.E.F., l’U.G.E. et le CDJ-C.G.T. a lieu le 23 mars 1973 et draine environ 500 Žtudiants et lycŽens. Le 24 mars 1973, une autre manifestation prŽparŽe par l’U.N.C.A.L. et l’extrme-gauche rassemble plusieurs milliers de lycŽens. Dans le mme temps, le mouvement s’organise hors des syndicats Žtudiants et lycŽens, puisque des comitŽs divers se crŽent au niveau local et national : " comitŽ de coordination lyonnaise Žtudiante ", " coordination des comitŽs contre la loi DebrŽ ", " commission de coordination "…. D’autres mouvements revendicatifs nationaux ont lieu : rŽforme d’Ornano en Architecture en septembre 1971, projet de crŽation des CFPM en fŽvrier 1972, plan Vedel en mai 1972, rŽforme Fontanet en fŽvrier 1974.

    A cette trame nationale et ˆ ses rŽpercussions locales, des mouvements essentiellement locaux se superposent. Ils se distinguent par leur soudainetŽ, leur caractre mobilisateur Žventuellement important et par leur brivetŽ. Ainsi, un meeting organisŽ par le CA U.N.E.F. I.N.S.A. le 02 fŽvrier 1971 afin de protester contre l’exclusion de deux Žlves regroupe 800 Žlves. Il est suivi du vote d’une motion concernant la pŽnurie matŽrielle et la sŽlection, et aboutit ˆ la rŽintŽgration des deux Žtudiants. Toujours en fŽvrier 1971, une grve Žclate au Conservatoire de Musique et d’Art Dramatique et a pour objectif une amŽlioration des conditions de vie et d’Žtudes. Soutenue par l’U.N.E.F-Renouveau, elle aboutit ˆ la crŽation d’un CA U.N.E.F.. De multiples autres mouvements ont lieu : incidents ˆ la citŽ universitaire de Jussieu aprs l’exclusion d’un Žtudiant africain en avril 1970, partition de l’universitŽ Lyon II et crŽation de l’universitŽ Lyon III en dŽcembre 1973… . Aux mouvements purement universitaires se greffent des mobilisations sur la base d’une rŽvolte politique. Ainsi, l’U.N.E.F-Renouveau lance une journŽe d’action contre la guerre du Vietnam le 14 mai 1970 et organise des rassemblements, meetings, signatures de pŽtition, collectes… .

    Dans le contexte d’une vie Žtudiante trs instable, encore relativement politisŽe et militante, de nombreux conflits Žclatent. Au quasi-traditionnel mouvement Žtudiant annuel de dimension nationale s’ajoutent de multiples conflits ˆ enjeux locaux. Ils se greffent sur un mme terreau : rŽformes universitaires ou concernant les Žtudiants, conditions de travail, autoritarisme de l’administration. Le r™le des groupes d’extrme-gauche demeure important et leur audience dŽpasse souvent le cercle restreint des militants et sympathisants, comme lors des manifestations contre la suppression des sursis.

  3. La rŽforme du second cycle : 1976.
  4. Aprs une annŽe universitaire 1974-1975 relativement calme sur le " front universitaire ", un interminable conflit se dŽclenche de mars ˆ mai 1976. Il a pour origine le projet de rŽforme du second cycle dans les universitŽs. Cette rŽforme s’inscrit dans le cadre plus vaste de la mise en place du nouveau cursus des Žtudes universitaires. Ainsi, en 1973, un premier cycle interdisciplinaire de deux ans est crŽe. Il est sanctionnŽ par un Dipl™me d’Etudes Universitaires GŽnŽrales (D.E.U.G.), qui remplace les anciens D.U.E.S. et D.U.E.L.. En 1974, un nouveau systme est mis en place pour le troisime cycle. DŽsormais, le troisime cycle comprend deux grades : le D.E.A. ou le D.E.S.S. (Dipl™me d’Etudes Approfondies, Dipl™me d’Etudes SupŽrieures SpŽcialisŽes ˆ vocation professionnelle), puis le doctorat de troisime cycle. Dans les faits, cette nouvelle formule ne bouleverse pas les habitudes, le D.E.A. devenant souvent une premire annŽe de thse. Cependant, une sŽlection s’opre entre le D.E.A. et le doctorat, puisque les habilitations consenties aux universitŽs pour organiser le doctorat sont trs nettement infŽrieures au nombre d’Žtudiants en D.E.A.. La rŽforme du second cycle s’inscrit donc dans un cadre beaucoup plus large de refonte du cursus universitaire. Elle crŽe dŽsormais deux grades pour le second cycle : la licence atteinte en trois ans aprs le baccalaurŽat, et la ma”trise en quatre ans. Cette rŽforme est mise en place par un nouveau secrŽtaire d’Etat aux universitŽs : Alice Saunier-SeitŽ. NommŽe en janvier 1976, elle acquiert rapidement une rŽputation de " dure " dans la remise au pas des universitaires et des Žtudiants. En effet, elle n’hŽsite pas ˆ rompre avec le langage diplomatique de ses prŽdŽcesseurs, et en particulier de Mr Soisson. (SecrŽtaires d’Etat aux universitŽs du 08.06.1974 au 11.01.1976).

    Contrairement ˆ la rŽforme du IIIe cycle, un mouvement Žtudiant se dessine rapidement et prend de l’ampleur pour devenir national. ConformŽment aux conflits prŽcŽdents, les groupes gauchistes encadrent fortement le mouvement lors de ses dŽbuts. Une concurrence s’Žtablit ˆ Lyon entre l’U.G.E.L-U.N.E.F., l’A.G.E.L-U.N.E.F .et les mouvements gauchistes. Cependant, le conflit prend rapidement une nouvelle dimension : une coordination nationale est crŽŽe avec la participation des deux U.N.E.F.. A Lyon, une alliance de circonstance se noue entre l’A.G.E.L-U.N.E.F. et la L.C.R. pour le contr™le de la coordination. Des comitŽs de lutte grent le mouvement ˆ la base avec les syndicats Žtudiants. Le mouvement atteint son apogŽe le 15 avril 1976 : les manifestations rassemblent dans toute la France 200 000 Žtudiants. Cependant , en dŽpit de ce nouveau climat, le mouvement tra”ne en longueur et s’enlise face ˆ l’intransigeance du nouveau secrŽtaire d’Etat. Les mots d’ordre des groupes gauchistes trouvent de moins en moins d’Žchos chez les Žtudiants et le mouvement s’achve dans " un profond sentiment de lassitude " et sur quelques concessions du gouvernement.

    Le mouvement Žtudiant contre la rŽforme du second cycle appara”t comme le " dernier remake d’un scŽnario d’agitation ". En effet, le dŽmarrage du conflit s’inscrit dans la tradition des mouvements du dŽbut des annŽes 70 : mobilisation importante des Žtudiants, forte prŽsence et contr™le des groupes gauchistes… . En dŽpit de quelques concessions, le mouvement marque un tournant : stratŽgie de pourrissement jouŽe par le gouvernement, perte d’influence des groupuscules gauchistes, lassitude des acteurs, rŽduction de la capacitŽ mobilisatrice du monde Žtudiant… .

  5. Une pŽriode de " calme " et de mouvements restreints ˆ enjeux locaux : 1976-1986.
  6. Le mouvement Žtudiant de 1976 ouvre une nouvelle pŽriode, qui s’Žtend de 1976 ˆ 1986. Elle se caractŽrise par un calme relatif sur le " front universitaire ", mme si des mouvements restreints ˆ enjeux locaux Žclatent sporadiquement. Cette pŽriode de calme relatif s’explique avant tout par l’absence de rŽforme universitaire d’ensemble. La mise en place du nouveau cursus universitaire, trs proche de la rŽforme Fouchet, s’est ŽffectuŽe les annŽes prŽcŽdentes : D.E.U.G. en 1973, troisime cycle en 1974, second cycle en 1976. De plus, le nouveau secrŽtaire d’Etat aux universitŽs renonce ˆ attaquer de front la loi d’orientation. La nouvelle politique universitaire se borne ˆ une sŽrie de petites victoires successives contre " les stipulations libŽrales ou dŽmocratiques de la loi d’orientation ".

    Dans ce contexte, les rares mouvements Žtudiants nationaux demeurent de faible ampleur ou cantonnŽs dans des secteurs particuliers de l’Enseignement SupŽrieur. En 1977, la rŽforme Haby, du nom du ministre de l’Education Nationale de mai 1975 ˆ avril 1978, touche les grandes Žcoles. Le conflit porte principalement sur la constitution de deux conseils pŽdagogiques : un conseil des professeurs dŽcidant de l’orientation des Žlves et un conseil de classe purement consultatif. En 1979, un nouveau secteur est concernŽ : les Žtudes mŽdicales. La rŽforme, ŽlaborŽe par le ministre de la SantŽ Mme Veil, provoque une forte mobilisation des Žtudiants en mŽdecine. Ainsi, ˆ Lyon, la journŽe d’information et de manifestation du 21 mars place Bellecour regroupe 1000 Žtudiants. Une autre manifestation a lieu le 3 avril devant le Rectorat et la D.A.S.S.. Trs rapidement, le mouvement se structure et se dote d’une " coordination des Žtudiants  ", plus ou moins proche de l’A.G.E.L-U.N.E.F. Le seul mouvement d’ampleur national et " global " a lieu en dŽcembre 1979 avec le vote par l’AssemblŽe Nationale de l’amendement Ruffenacht. Cette mesure appara”t rapidement comme antidŽmocratique, puisqu’elle rŽduit le nombre de siges accordŽs aux Žtudiants et donne aux seuls professeurs de rang A, les fameux " mandarins ", le droit de candidature et d’Žlection au poste de prŽsident d’universitŽ. Par consŽquent, les enseignants, les assistants et les Žtudiants sont exclus de l’Žlection des prŽsidents d’universitŽ. D’autres mesures avaient prŽcŽdŽ l’amendement Ruffenacht : application stricte du quorum pour les Žlections universitaires en 1975, nomination des directeurs d’IUT par le gouvernement en 1978… . La premire rŽaction provient des conseils d’universitŽ : les conseils des trois universitŽs lyonnaises votent la suspension des cours le mardi aprs-midi en signe de protestation. Une mme unanimitŽ se retrouve parmi les syndicats et associations Žtudiantes. Sans aller jusqu’ˆ l’unitŽ d’action, l’A.G.E.L-U.N.E.F, la CERRA (C.L.E.F., Žtudiants modŽrŽs), la Corpo Lyon III, l’UD-C.G.T., le S.N.E.Sup., le SNECS, le SNAU, le SNB, le SNEP, le SNPCEN, le SNPESB, le SNTRS et le Syndicat Autonome adoptent des positions proches et critiquent le projet. Seule l’U.N.E.F-UnitŽ Syndicale, au nom du refus de la cogestion, appelle les Žlus Žtudiants ˆ dŽmissionner et dŽnonce le " dernier carrŽ de la participation Sauvage ". Mais, en dŽpit de ce contexte favorable, la mobilisation Žtudiante tarde ˆ prendre et reste faible : la manifestation du 18 dŽcembre 1979 organisŽe par l’A.G.E.L-U.N.E.F ne rassemble que quelques centaines d’Žtudiants. Un dernier mouvement Žtudiant national a lieu en avril-mai 1983. Le dŽclencheur universitaire de ce conflit est la prŽparation d’une nouvelle loi d’orientation de l’Enseignement SupŽrieur par le nouveau gouvernement de gauche. ProfondŽment modifiŽe lors de son passage devant l’AssemblŽe Nationale, la premire Žbauche propose une sŽlection entre les cycles, une rŽforme des premiers cycles, une premire expŽrience de contractualisation Etat / UniversitŽ et de nouveaux statuts aux facultŽs (crŽation des U.F.R.). Le mouvement prend rapidement un tour politique. En effet, l’U.N.I. (Syndicat de droite regroupant enseignants et Žtudiants) et les associations d’Žtudiants modŽrŽs (Corpo Lyon III) investissent rapidement le mouvement. Cependant, seuls les secteurs, filires rŽputŽes " conservatrices " adhŽrent rapidement au mouvement. Ainsi, ˆ Lyon, le mouvement de grve touche essentiellement les facultŽs de droit et d’AES de l’universitŽ Lyon III. Les universitŽs Lyon I et Lyon II demeurent ˆ l’Žcart du conflit. Ce mouvement se superpose ˆ la lutte des Žtudiants en mŽdecine contre le projet de rŽforme des Žtudes mŽdicales. Les mobilisations Žtudiantes apparaissent donc, au niveau national, plus espacŽes dans le temps et d’une ampleur relativement faible.

    A l’inverse, de multiples conflits se dŽveloppent en lien avec le contexte universitaire local. Ils ont souvent pour origine les conditions d’Žtude, la dŽfense d’Žtudiants Žtrangers menacŽs d’expulsion ou l’instauration par une universitŽ de droits d’inscription supplŽmentaires. Ainsi, en dŽcembre 1979, l’A.G.E.L-U.N.E.F, l’U.G.E. et le SNEP lancent une action, afin de protester contre l’instauration ˆ Lyon I d’une cotisation pour le sport. Une manifestation d’un genre un peu particulier a lieu le 13 dŽcembre rue de la RŽpublique : 200 Žtudiants jouent au ballon sur la voie publique, puis manifestent jusqu’au Rectorat o une dŽlŽgation est reue. Les conflits peuvent parfois prendre un caractre violent. Ainsi, en juin 1977, ˆ la suite d’une rocambolesque affaire d’ " admissibles-recalŽs " ˆ Lyon I, un comitŽ de dŽfense, soutenu par l’U.G.E.L-U.N.E.F., sŽquestre pendant toute une nuit une soixantaine de professeurs. Les mouvements locaux ont donc un cadre restreint : facultŽ, filire ou mme annŽe d’Žtude, amphithŽ‰tre, et peuvent possŽder un fort potentiel mobilisateur.

    Le mouvement Žtudiant de 1976 inaugure donc une nouvelle pŽriode. Une conjonction entre une capacitŽ de mobilisation plus faible du monde Žtudiant et un changement de tactique du pouvoir engendre une absence de mouvements nationaux et globaux. DŽsormais, le mouvement Žtudiant s’exprime de faon plus ponctuelle et s’attache davantage ˆ la situation locale.

  7. Le dŽveloppement de mouvements Žtudiants strictement universitaires.

Au milieu des annŽes 80, une nouvelle situation voit le jour avec le dŽveloppement de mouvements Žtudiants marquŽs par des revendications strictement universitaires. Elle peut appara”tre comme l’aboutissement d’une longue Žvolution du monde Žtudiant. En effet, les mouvements des annŽes 70 ont pour base la dŽfense de grands principes, l’engagement en faveur de projets de sociŽtŽ alternatifs ou d’une autre politique universitaire. Ces thmes de mobilisation connaissent, ˆ partir du milieu des annŽes 70, un effacement progressif de leur audience. Dans le mme temps, les Žtudiants prennent davantage de distance ˆ l’Žgard des organisations politiques ou syndicales.

Cette Žvolution aboutit, dans les annŽes 80 et 90, au dŽveloppement de deux sentiments chez les Žtudiants : la peur de la rŽcupŽration politique et l’importance dŽsormais confŽrŽe aux Žtudes, synonymes dŽsormais de rŽussite sociale et surtout de protection ou d’Žchappatoire face au ch™mage. Il se produit ˆ la fois un rejet du politique et une forte capacitŽ mobilisatrice du monde Žtudiant si les valeurs auxquelles il est attachŽ sont remises en cause, c’est ˆ dire la libertŽ et l’ŽgalitŽ d’accs ˆ l’UniversitŽ. La mobilisation Žtudiante se rŽalise dŽsormais sur des revendications concrtes (locaux, droits d’inscription, sŽlection, valeur des dipl™mes…) et rejette avec force le spectre de la politisation.

Les mobilisations Žtudiantes de la fin des annŽes 80 et des annŽes 90 reposent donc sur des revendications universitaires. Cet aspect appara”t clairement lors des mouvements Žtudiants de 1986, 1994 et 1995. La lutte des Žtudiants contre le projet Devaquet ˆ la fin de l’annŽe 1986 est ˆ cet Žgard la plus significative. La mobilisation des Žtudiants a pour base l’opposition au projet d’Alain Devaquet, ministre de l’Enseignement SupŽrieur du nouveau gouvernement de droite dirigŽ par J.Chirac. ElaborŽe en mai 1986, la loi Devaquet s’inscrit dans l’orientation libŽrale du gouvernement : instauration de la sŽlection, hausse des droits d’inscription, Žlargissement de l’autonomie des universitŽs. Lors de son passage devant le SŽnat, elle ne suscite pas de critiques ou d’oppositions particulirement fortes. Les syndicats Žtudiants tentent alors de mobiliser, mais en vain… . Tout change pourtant ˆ l’automne 1986. Un appel ˆ la grve lancŽ par une coordination nationale dirigŽe par l’U.N.E.F-ID lors d’Etats GŽnŽraux ˆ la Sorbonne trouve rapidement un Žcho dans les universitŽs. A Lyon, la grve dŽbute ˆ partir du 24 novembre 1986 dans les universitŽs Lyon I et Lyon II, Lyon III restant hors du mouvement. SpontanŽ, le mouvement prend rapidement de l’ampleur et se structure, s’organise sous l’impulsion de militants syndicaux, en particulier de l’U.N.E.F- ID. Ainsi, ˆ Lyon I, l’AssemblŽe GŽnŽrale met en place un comitŽ de grve auquel participe le prŽsident de l’U.G.E.L-U.N.E.F- ID, Christophe Borgel. A Lyon II, des comitŽs d’action sont crŽes en fonction des filires et sont chapeautŽs par un " comitŽ de coordination ". La mobilisation appara”t d’emblŽe extrmement forte et se fonde presque essentiellement sur l’opposition ˆ toute tentative de sŽlection ˆ l’entrŽe de l’universitŽ. Un seul objectif : le retrait du projet Devaquet, sans autre proposition ou revendication. LimitŽ dans ses objectifs, le mouvement se distingue aussi par son rejet du politique. Il se traduit par la volontŽ des Žtudiants de se distancier du politique et par une exigence de dŽmocratie au sein du mouvement. La grve est contr™lŽe par l’AssemblŽe GŽnŽrale des Žtudiants et un fort refus de toute rŽcupŽration par une organisation politique ou syndicale se manifeste parmi les Žtudiants. Lors de la manifestation du 27 novembre 1986 ˆ Lyon, qui rŽunit entre 20 000 et 40 000 Žtudiants, une consigne votŽe par les A.G interdit aux organisations syndicales de dŽployer leurs banderoles. Le mouvement Žtudiant de 1986 conna”t en rŽalitŽ deux phases : au dŽbut, la mobilisation contre le projet Devaquet est trs forte et se rŽsume au seul objectif de retrait. La mort de Malik Oussekine le 5 dŽcembre ˆ Paris lors de la terrible rŽpression de la manifestation entra”ne la dŽmission d’A. Devaquet le 6 dŽcembre et le retrait du projet le 8 dŽcembre. Le mouvement conna”t alors une seconde phase o, sous l’impulsion des syndicats Žtudiants, les mots d’ordre dŽmocratiques et Žthiques prennent le pas sur les revendications universitaires. Forte au dŽbut, vŽritable rŽaction Žmotionnelle, Žpidermique, la mobilisation s’affaiblit trs rapidement. Certes, la manifestation organisŽe pour protester contre les violences policires et en hommage ˆ Malik Oussekine rassemble plus de 25 000 Žtudiants, lycŽens et parents ˆ Lyon. Mais dŽs le 11 dŽcembre, les cours reprennent dans les lycŽes et les collges. Le mouvement Žtudiant de 1986 conjugue les nouveaux aspects de la mobilisation Žtudiante   rejet du politique, peur de la rŽcupŽration, importance donnŽe aux Žtudes, forte capacitŽ mobilisatrice sur les questions universitaires, r™le des mŽdias ˆ la fois relais des revendications Žtudiantes et facteur d’influence sur les ŽvŽnements… .

Les mouvements Žtudiants des annŽes 86-94 apparaissent comme l’aboutissement d’une longue Žvolution. Changement dans la forme tout d’abord, avec une prise de distance trs nette vis ˆ vis du politique. Cette distanciation se traduit par la systŽmatisation des nouvelles formes d’organisation apparues dans les annŽes 70, et en particulier des coordinations. Seules structures reconnues comme lŽgitimes par le mouvement, elles sont fondŽes sur la dŽsignation de reprŽsentants " indŽpendants " des syndicats et Žlus en A.G. Les structures et l’expŽrience des militants syndicaux sont utilisŽes, mais sous le contr™le de l’A.G. ou de la coordination. Les syndicats Žtudiants, ŽcartŽs des feux de la rampe, demeurent tout de mme prŽsents. Ainsi, en 1995, la coordination Žtudiante Žlue ˆ Lyon II comprend 3 militants de l’U.N.E.F- ID, 2 de l’U.N.E.F et 1 de Lutte Ouvrire. Les militants syndicaux, et en particulier les responsables, possdent souvent seuls les capacitŽs d’analyse, d’expression et l’expŽrience nŽcessaires dans ces situations peu coutumires pour la plupart des Žtudiants. Cependant, ils ne contr™lent pas totalement le mouvement. Mais le mouvement Žtudiant a aussi ŽvoluŽ sur le fond. Les ressorts de la mobilisation ont changŽ : les revendications universitaires peuvent seules dŽsormais susciter l’intŽrt des Žtudiants. " L’action collective Žtudiante des annŽes 80/90 exprime la force de la demande sociale d’Žducation de couches de plus en plus diversifiŽes de la population qui s’opposent ˆ tout ce qui viendrait entraver la libertŽ d’accs ˆ l’UniversitŽ ou mettre en cause les conditions de la rŽussite ".

 


III. La place de l’A.G.E.L-U.N.E.F au sein du mouvement Žtudiant.

  1. Un r™le dans l’information des Žtudiants.
  2. L’A.G.E.L-U.N.E.F, mais aussi d’autres syndicats ou associations, tient un r™le essentiel dans l’information des Žtudiants. Curieusement, les grands mouvements Žtudiants rŽvlent souvent une inversion entre deux phases essentielles de leur dŽroulement : l’information et l’action. Il n’est en effet pas rare de voire des Žtudiants rŽagir ˆ propos de rumeurs sur une rŽforme, puis, aprs, de s’enquŽrir du contenu. Le mouvement Žtudiant de 1986 est marquŽ par ce phŽnomne. Les Žtudiants, venus pour aller en cours le matin mme, dŽcident de se mettre en grve ˆ l’appel des Etats GŽnŽraux de la Sorbonne et des syndicats Žtudiants. Or, si la plupart d’entre eux ressentent le projet Devaquet comme une menace, peu connaissent le contenu, l’ensemble de la rŽforme. Une seule mesure de la rŽforme, l’augmentation des droits d’inscription, permet de mobiliser la masse des Žtudiants. La vŽritable information se fait aprs, lors de l’AssemblŽe GŽnŽrale o des textes circulent, o des militants expliquent inlassablement les dangers de la rŽforme et o des commissions diverses sont crŽŽes. Ainsi, ˆ Lyon I, une " commission de dissection du plan Devaquet " est mise en place dŽs la premire journŽe d’action. Le manque d’information s’explique avant tout par la faible implication des Žtudiants dans leur universitŽ, faible implication dŽjˆ mise en exergue par la faible participation des Žtudiants aux Žlections universitaires. Par consŽquent, le mouvement Žtudiant est trs Žpidermique, instable.

    Les syndicats Žtudiants tiennent donc un r™le capital dans l’information des Žtudiants, en particulier au dŽbut de la mobilisation. Leur accs privilŽgiŽ ˆ l’information (reprŽsentation nationale, participation aux diffŽrents conseils universitaires, interlocuteurs des autoritŽs universitaires…) les rendent inŽvitables dans le dŽclenchement d’un mouvement. De plus, ils sont souvent les seuls ˆ disposer des capacitŽs nŽcessaires pour informer les Žtudiants : militants et adhŽrents, imprimerie pour l’A.G.E.L-U.N.E.F, liens avec les grandes centrales syndicales, les partis politiques, expŽrience dans la rŽdaction d’un tract, capacitŽs d’expression… .

    Hors d’eux, la circulation de l’information ˆ grande Žchelle devient extrmement difficile. L’intervention de l’A.G.E.L-U.N.E.F pour informer les Žtudiants se fait selon diffŽrentes modalitŽs. Les AssemblŽes GŽnŽrales ne sont pas, jusqu’au milieu des annŽes 80, le moyen d’information privilŽgiŽ. En effet, ouvertes ˆ tous, elles sont difficilement contr™lables et offrent aux groupes gauchistes la possibilitŽ de s’exprimer et de peser sur les dŽbats. L’A.G.E.L-U.N.E.F est donc rŽticente face aux A.G. : " on commenait ˆ faire monter la pression dans les T.D. avec des interventions… , et cela dŽbouchait toujours sur une A.G. o se retrouvait tout le ramassis de crapules possibles […], et aussi des Žtudiants normaux […]. Elles ont toujours ŽtŽ la plaie ces A.G., parce qu’elles sont profondŽment antidŽmocratiques, dans la mesure o ne s’expriment lˆ-dedans que les professionnels de la politique et de l’agitation, et o l’Žtudiant de base ne peut pas parler. ".Mais elle a son r™le, son importance, dans la mesure o elle fait prendre conscience ˆ un mouvement de sa force.

    Un changement s’opre pourtant progressivement. En 1992, l’A.G.E.L-U.N.E.F prend l’initiative de convoquer une A.G. pour informer les Žtudiants sur la rŽforme Jospin. Cette Žvolution provient avant tout du r™le, au sein du mouvement Žtudiant, dont l’U.N.E.F. veut se doter. Dans les annŽes 70, l’U.N.E.F., mme si elle n’en est pas capable, revendique la direction des luttes. Au congrs de Toulouse en 1990, l’U.N.E.F., considŽrablement affaiblie et ˆ peine remise du mouvement Žtudiant de 1986, modifie la nature de son intervention au sein du mouvement Žtudiant : " (le mouvement Žtudiant de 1986) nous a amenŽ ˆ rŽflŽchir sur notre orientation et ˆ dŽcider d’inverser notre dŽmarche. Jusque lˆ, nous intervenions porteurs d’un projet pour l’Enseignement SupŽrieur et nous ne laissions aux Žtudiants que la possibilitŽ de nous soutenir […]c’est le dŽbat qui a ŽtŽ au centre du congrs de Toulouse en 1990 et nous a amenŽs ˆ redŽfinir l’U.N.E.F. comme un outil pour rassembler les Žtudiants ". L’U.N.E.F. redŽfinit donc sa place au sein du mouvement Žtudiant : elle se veut un outil, un instrument pour rassembler les Žtudiants au lieu de les contr™ler, elle se met au service du mouvement Žtudiant en favorisant la circulation de l’information… .

    Outre les A.G., l’information se fait par les innombrables tracts ou par voie d’affichage. La rŽforme Fontanet en 1974 est ainsi longuement dissŽquŽe et ŽpluchŽe dans les tracts : situation de l’UniversitŽ, analyse de la rŽforme Fontanet, propositions de l’A.G.E.L-U.N.E.F.

    Enfin, l’A.G.E.L-U.N.E.F informe les Žtudiants par l’intermŽdiaire des interventions en amphis ou dans les T.D. Elle tente alors de privilŽgier la discussion avec les Žtudiants et d’instaurer un dialogue. L’intervention en amphi appara”t systŽmatique : projet de rŽforme des Žtudes mŽdicales en fŽvrier 1980, licenciement des vacataires en novembre 1978… . Il existe une vŽritable volontŽ de discuter et d’expliquer aux Žtudiants. L’A.G.E.L-U.N.E.F, mais aussi les autres syndicats et associations, assume un r™le essentiel dans l’information des Žtudiants.

  3. Une incapacitŽ ˆ assumer et ˆ contr™ler le mouvement Žtudiant.
  4. Jusqu’ˆ la scission de 1971, l’U.N.E.F. est la seule organisation syndicale Žtudiante capable de diriger et d’organiser le mouvement Žtudiant. Aprs la scission de 1971, les mouvements Žtudiants impliquent la participation d’organisations Žtudiantes affaiblies et rivales. L’U.N.E.F. n’Žchappe pas ˆ cette Žvolution et s’avre incapable d’assumer et de contr™ler de bout en bout un mouvement Žtudiant. Cette rŽalitŽ est rapidement prise en compte par l’A.G.E.L-U.N.E.F. Ainsi, lors du congrs de l’A.G.E.L-U.N.E.F de 1972, la situation est analysŽe avec luciditŽ : l’Žchec de la journŽe d’action de l’U.N.E.F. du 14 mars et la place de l’A.G.E.L-U.N.E.F est imputŽ ˆ une mauvaise analyse du milieu Žtudiant et ˆ une incapacitŽ ˆ encadrer le mouvement Žtudiant par manque d’adhŽrents… .

    L’incapacitŽ de l’A.G.E.L-U.N.E.F ˆ contr™ler les mouvements Žtudiants se traduit concrtement par l’apparition de structures ŽphŽmres propres au mouvement : les coordinations Žtudiantes… .Le conflit gŽnre ses propres structures et responsables en dehors des organisations syndicales traditionnelles. Elles sont le plus souvent mises en place par les A.G. Ainsi, en avril 1979, une " coordination des Žtudiants " organise la lutte contre la loi Veil de rŽforme des Žtudes mŽdicales. Bien que participant ˆ la coordination, l’A.G.E.L-U.N.E.F ne dŽtient qu’un contr™le mŽdiocre sur le mouvement en raison de son implantation incomplte dans les CHU. L’U.N.E.F. des annŽes 50 et 60 Žtait capable de regrouper derrire elle les diffŽrentes sensibilitŽs du monde Žtudiant et apparaissait comme la seule organisation capable de reprŽsenter les Žtudiants et le mouvement Žtudiant. Or, l’U.N.E.F. issue de la scission de fŽvrier 1971 ne reprŽsente plus qu’une fraction du monde Žtudiant. En concurrence avec d’autres organisations et confrontŽe ˆ un dŽsir de diversitŽ du monde Žtudiant, elle n’appara”t plus comme une structure apte ˆ prendre en compte toutes les aspirations d’un mouvement revendicatif.

    Si l’A.G.E.L-U.N.E.F analyse rapidement et avec luciditŽ son incapacitŽ ˆ faire dŽmarrer et aboutir un mouvement Žtudiant, elle tarde ˆ accepter la nouvelle donne. Elle garde son attitude rŽtive vis ˆ vis des nouvelles formes d’organisation, attitude encore trs influencŽe par le mythe de la " grande U.N.E.F. ", seule organisation reprŽsentative des Žtudiants. Jusqu’en 1975-1976, elle fait preuve d’une trs grande rŽticence et mŽfiance envers ces nouvelles formes d’organisation. ConsidŽrŽe comme un aveu de sa propre faiblesse, elle participe trs rarement ˆ leur mise en place. Cependant, elle modifie progressivement sa position ˆ partir de 1973. A partir de 1975-1976, elle est beaucoup plus nuancŽe et pragmatique dans son attitude. Au niveau national, la grve contre la rŽforme du second cycle (1976) rassemble pour la premire fois au sein d’une coordination nationale l’U.N.E.F. et l’U.N.E.F.-UnitŽ Syndicale. Toutefois, le gouvernement ne reconna”t aucune lŽgitimitŽ ˆ la coordination et reoit sŽparŽment les deux syndicats. Au niveau local, une attitude pragmatique prŽdomine. Certes, l’A.G.E.L-U.N.E.F demeure mŽfiante, mais elle comprend rapidement que c’est le seul moyen de faire dŽmarrer un mouvement. Au lieu de se retrouver en concurrence avec les coordinations, elle investit dŽsormais des militants au sein de ces structures ŽphŽmres. A la fin des annŽes 80, l’A.G.E.L-U.N.E.F s’inscrit dans le cadre d’une collaboration Žtroite avec les coordinations… . En 1990, le congrs de Toulouse rŽaffirme cette position et l’Žrige en orientation syndicale.

  5. Une indŽpendance vis ˆ vis du mouvement Žtudiant.

Avec l’apparition de nouvelles formes d’organisation, l’U.N.E.F. collabore et s’implique de plus en plus auprs des diffŽrents acteurs du mouvement Žtudiant. Toutefois, l’A.G.E.L-U.N.E.F garde son indŽpendance vis ˆ vis du mouvement Žtudiant.

La logique unitaire ne l’emporte jamais sur la logique propre du syndicat. Elle n’hŽsite pas, lorsqu’elle juge un mouvement contraire aux intŽrts des Žtudiants, ˆ s’opposer et ˆ pr™ner d’autres formes d’action ou une autre orientation. Le mouvement Žtudiant de 1983 a particulirement mis en exergue ce cas de figure. La grve des Žtudiants de la facultŽ de mŽdecine en avril 1983 ne rencontre que son opposition et son hostilitŽ. Tout en jugeant l’Žvolution des discussions engagŽes ˆ Paris comme " satisfaisante ", l’A.G.E.L-U.N.E.F dŽnie au mouvement de grve toute lŽgitimitŽ et, au contraire, tente d’organiser les non-grŽvistes. Elle dŽnonce ple-mle les piquets de grve musclŽs devant les CHU, les A.G. non reprŽsentatives (elles rassemblent la plupart du temps 600 ˆ 700 Žtudiants sur 3000), l’impasse dans laquelle s’enfonce le mouvement… .Elle rŽagit mme en organisant une A.G. des non-grŽvistes et en demandant l’intervention des autoritŽs universitaires pour assurer le " droit de suivre les cours ". Face au mouvement dans les facultŽs de Droit et de Sciences Humaines et Sociales, l’A.G.E.L-U.N.E.F s’engage encore davantage, puisqu’elle soutient ouvertement la rŽforme Savary. A Lyon II, elle contre les partisants de la grve (U.N.E.F-ID, C.E.L.F…) en montant une rŽunion d’information sur le projet de loi avec deux dŽputŽs de la majoritŽ P.S.-P.C.F. : J.J Queyranne et G Hage.

En dŽpit de son incapacitŽ ˆ lancer et ˆ faire aboutir des mouvements Žtudiants, l’A.G.E.L-U.N.E.F garde une certaine indŽpendance et dŽveloppe ses propres thmes, fait avancer ses idŽes lors d’un conflit. Elle sait s’opposer avec force face ˆ des conflits qu’elle juge inopportuns.

 


RŽsumŽ :

De 1971 ˆ 1994, l’UniversitŽ Žvolue considŽrablement et conna”t une " massification ". La progression numŽrique du monde Žtudiant est constante avec une forte poussŽe de fivre de 1988-1989 ˆ 1994. Les effectifs passent de 615 326 Žtudiants en 1969 ˆ 1 403 827 en 1993. Le mme phŽnomne se produit ˆ Lyon o les 2 puis 3 universitŽs accueillent 110 000 Žtudiants en 1994, contre 57 000 en 1976. Durant notre pŽriode, l’UniversitŽ double de volume et absorbe l’essentiel de la demande de dipl™mes aprs le baccalaurŽat. Cependant, au-delˆ de cette massification par le nombre, l’UniversitŽ s’est encore peu dŽmocratisŽe. Beaucoup plus que les classes sociales les plus dŽfavorisŽes, ce sont les classes moyennes qui profitent de l’amorce de dŽmocratisation. De multiples inŽgalitŽs persistent : salariat Žtudiant, poursuite d’Žtude selon l’origine sociale, selon le sexe… . De plus, l’UniversitŽ remplit de plus en plus difficilement son r™le " d’ascenseur social " et ne garantit plus une Žclatante trajectoire professionnelle ou une protection contre le ch™mage.

Le milieu Žtudiant change aussi durant cette pŽriode. Les thmes de mobilisation du dŽbut des annŽes 70, c’est ˆ dire la dŽfense de grands principes et l’engagement en faveur de projets alternatifs, laissent progressivement la place ˆ deux sentiments : la peur de la rŽcupŽration politique et la peur de ne pouvoir rentrer dans la vie active de faon satisfaisante. A partir du milieu des annŽes 80, le monde Žtudiant dŽveloppe une forte capacitŽ mobilisatrice si les valeurs auxquelles il est attachŽ sont remises en cause, c’est ˆ dire la libertŽ et l’ŽgalitŽ d’accs ˆ l’UniversitŽ. le monde Žtudiant se mobilise dŽsormais sur des revendications concrtes.

L’UniversitŽ et le milieu Žtudiant des annŽes 70 et 90 apparaissent peu favorables au syndicalisme Žtudiant. Pourtant, celui-ci s’adapte ˆ ce nouveau contexte. Ainsi, l’A.G.E.L-U.N.E.F trouve trs rapidement sa place au sein du mouvement Žtudiant. Certes, elle doit vite abandonner ses vellŽitŽs de contr™le du mouvement Žtudiant, mais elle garde nŽanmoins un r™le essentiel ˆ travers l’information des Žtudiants, sa place dans les coordinations… .


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